Se préparer au changement : situation actuelle et projections (rédaction en cours)

Depuis plus de 20 ans, je lis assidument la presse politique, financière et économique. Je ne me considère pas comme un expert mais plutôt comme un observateur qui aime faire des liens entre différentes disciplines et poser des pronostics pour le futur.

Actuellement, cet exercice est très difficile. D’une part parce que l’on est à l’aube d’un changement de très grande ampleur dont les effets sont encore peu visibles. D’autre part parce que le monde actuel est d’une complexité rarement vécue dans l’histoire de l’humanité.

L’espace et de temps vivent des modifications majeures . Au niveau de l’espace, notre monde est de plus en plus interconnecté : un changement même mineur d’un côté de la planète peut très rapidement affecter la planète entière. Un virus microscopique échappé de Whuan en Chine est comme le battement d’aile du papillon qui provoque un tremblement de terre à l’autre bout de la planète. Au niveau du temps, tout s’accélére avec le développement des nouvelles technologies et la circulation de plus en plus rapide de l’information.

Lorsque le battement d’aile du papillon peut tout changer.

Cet article est constitué de trois parties. Tout d’abord, je fais le point sur la situation mondiale avant le coronavirus avec quelques schémas et chiffres à l’appui. Ensuite, j’essaye de dessiner quelques pistes que je vois pour le futur. Exercice difficile vu que nous semblons nous approcher d’un chaos où tous les repères sont bousculés. Enfin, je tenterai de répondre à cette question : moi, en tant qu’humain, que puis-je faire maintenant et comment puis-je me préparer.

Pour cet exercice d’écriture, je m’appuierai sur ma double formation en droit et en psychologie ainsi que sur la lecture assidue de la presse politique, économique et financière depuis plus de vingt ans.

Le monde avant le coronavirus

Lorsque nous voyons le monde de manière globale, nous pouvons observer des déséquilibres à plusieurs niveaux.

Au niveau démographique d’abord

Evolution de la population mondiale depuis l’an 1000

Dans ce schéma, à partir du début du 19ème siècle, nous observons une croissance de la démographie incomparable à toute autre époque de l’histoire. Nous pouvons l’expliquer entre autre par le démarrage et la montée en puissance de l’industrialisation. Aujourd’hui (2020), la population mondiale est évaluée à plus de 7,7 milliards. Au rythme actuel, elle pourrait atteindre 10 milliards en 2050.

Nous assistons à un double mouvement : une baisse de la démographie dans les pays riches et une hausse très importante dans les pays pauvres. Cette hausse dans les pays pauvres peut s’expliquer d’une part par le manque de contraception et aussi par le fait que les enfants assurent la survie de leur parents. Le facteur clé lié à l’explosion démographique serait donc d’abord la pauvreté.

Rapport d’Oxfam de 2015 : 80 personnes dans le monde sont plus riches que 50% de la population

Ce graphique montre bien l’important déséquilibre existant entre les plus riches et le reste du monde. Il est important de noter que la crise de 2008 et l’afflux sans précédent d’argent utilisé par les pouvoirs publics pour renflouer les banques ont paradoxalement accéléré ce déséquilibre. Les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres.

Une facture trouvée sur une table.

Tout cet argent public n’a pas aidé l’économie réelle mais une économie de type virtuel (hedge funds, …). L’économie réelle ce sont les petites et moyennes entreprises qui créent de la richesse et emploient des gens, c’est la réalité du citoyen qui travaille, qui paye ses impôts et qui financent l’entretien des routes. La crise du coronavirus a mis en évidence l’importance de l’économie réelle. Durant le confinement, la première ligne de soutien a été l’approvisionnement alimentaire. Il s’agit de la satisfaction des besoins de base qui soutiennent la vie même des êtres humains. Le marché de Wall Street n’est pas un marché alimentaire mais un marché d’actions qui ne se mangent pas.

Au niveau de la consommation

Nous entrons ici au coeur du système capitaliste. Le capital prête les fonds à des entreprises pour produire des produits de consommation. Cette production permet de faire travailler des personnes et de les rémunérer. Avec l’argent qu’elles reçoivent, les personnes achètent les produits de consommation. Plus la production augmente, plus le capital augmente ses bénéfices. Nous sommes dans une dynamique de croissance.

Il y a toutefois un problème de fond dans cette machinerie bien huilée. Imaginons que j’achète des sandales si solides, si bien faites qu’elles durent au moins dix ans. Cela signifie que je n’ai nul besoin d’acheter de nouvelles sandales. La consommation stagne. Conséquences : la production stagne, les besoins en main d’oeuvre restent limités, le capital n’engrange plus de bénéfices.

Deux voies sont possibles pour assurer et augmenter la production :

Tout d’abord l’obsolescence programmée : il s’agit de « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement » (wikipedia).

L’entreprise va donc fabriquer des sandales qui s’usent plus vite. Ce qui est vrai pour les sandales est vrai pour les vêtements, les machines, les voitures, … Je me rappelle de mon père qui ventait les chemises très solides fabriquées dans les années 50.

Voici un contre-exemple de l’obsolescence programmée : une lampe plus que centenaire.

Cette ampoule brille depuis l’époque de Thomas Edison lui-même, dans une caserne de pompiers en Californie depuis 1901. Depuis son installation, elle n’a été éteinte que pendant une semaine en tout. Une caméra retransmet en direct sur Internet les images de cette ampoule, pour prouver qu’elle est toujours allumée, même si personne ne sait comment son filament continue de briller.

Il y a plusieurs années, des actions en justice ont été lancées pour dénoncer cette obsolescence programmée par les fabricants d’imprimantes.

Un autre moyen d’assurer la production est la création de nouveaux besoins. Il s’agit de persuader les gens qu’ils seront plus heureux s’ils consomment tels produits. La publicité, les films, les medias en général agissent donc sur la psychologie humaine, souvent de manière très subtile. Les mécanismes de persuasion sont basés sur des études très avancées de la psyché humaine. Par exemple, appuyer sur le besoin de reconnaissance au niveau du groupe. La population des adolescents est très influencée par ce besoin d’appartenance. Avoir le dernier iphone comme les copains devient un signe d’appartenance au groupe.

Conclusion

Clairement, notre système tel qu’il a fonctionné depuis la révolution industrielle n’est plus tenable, tant au niveau humain qu’au niveau écologique. Le problème est que le “virus” se trouve au coeur même de la logique du système. La consommation entraine la production, production qui génère de l’emploi, emploi qui permet de consommer et donc de produire … Il s’agit d’une boucle bien huilée depuis le début du 19ème siècle. Cette boucle a pu augmenter en taille et atteint maintenant ses limites.

A partir des années 70, l’empreinte écologique de l’homme surpasse les capacités de la terre. En clair, l’homme prend plus que ce que la terre est capable de donner. D’où un déséquilibre qui va en s’accélérant.

L’humanité n’a jamais produit autant de richesse dans toute l’histoire humaine. Néanmoins, le système actuel produit de plus en plus de pauvreté. L’abbé Pierre disait : “Le capitalisme est en train de crever car il ne partage pas”.

En clair : le système capitalisme tourne fou. Cela produit non seulement l’épuisement des ressources naturelles mais aussi l’épuisement de l’humain. Il est intéressant de noter ce parallèle entre fatigue de la terre et fatigue humaine.

Puis est arrivé le coronavirus. Ce “cygne noir” complètement inattendu qui s’apparente à un tremblement de terre.

Le monde après le coronavirus

Nous savons ce que nous quittons mais nous ignorons où nous allons. Pour anticiper le futur, aucun modèle n’existe pour nous inspirer. Aucune théorie existante ne nous permet de dire avec précision où nous serons dans 10 ans. Nous faisons face au principe d’incertitude.

Moi qui suis un passionné de physique quantique, je décrirais la situation en ces termes : nous sommes face à un ensemble de potentialités. L’humanité se trouve donc à un carrefour où des choix devront être faits et ces choix seront déterminants pour notre futur. Si ces choix sont basés sur l’égoïsme, le séparatisme et la négligence climatique, nous verrons très rapidement son coût en terme écologique et humain. Si ces choix sont basés sur des valeurs plus hautes comme le respect de l’environnement, le partage, la solidarité, … nous pourrons créer un avenir paisible et harmonieux.

A mon sens, le plus gros obstacle vers un monde meilleur c’est le refus du changement pour maintenir des intérêts en place : en clair, de l’égoïsme. L’égoïsme c’est protéger ses intérêts particuliers sans prendre en considération les intérêts des autres (et de la planète).

Le refus du changement peut se voir à plusieurs niveaux :

  1. au niveau individuel : par exemple, je refuse de vendre ma troisième voiture car elle a permis jusqu’ici un confort dans la mobilité de ma famille ;
  2. au niveau financier : par exemple le complexe militaro-industriel qui fait obstacle à la paix dans certaines régions du monde pour continuer à justifier la nécessité de l’armement.

Le changement se heurte aussi à des croyances bien établies. On l’a vu avec Galilée qui fut condamné parce qu’il avait osé dire que la terre tournait autour du soleil et pas l’inverse. Les “Galilées” sont légions dans l’histoire humaine. Dans ce nouveau chapitre de l’histoire humaine, certains vont donc se baser sur de vieilles théories, de vieux dogmes, de vieilles recettes pour proposer des solutions. Or les mêmes causes produisent les mêmes effets. Par exemple le théorie économique keynésienne peut-elle vraiment s’appliquer à la période qui s’ouvre alors que le contexte d’émergence de cette théorie était radicalement différent du contexte actuel ?

Le changement se heurte aussi à la propriété intellectuelle. De grandes firmes bloquent les nouvelles inventions via le dépôts de brevets. Imaginons qu’un ingénieur invente une voiture à eau. Cette invention est une menace pour les producteurs de pétrole et toute la chaine industrielle qui en dépend. Les lobbies pétroliers feront tout pour bloquer la commercialisation de cette invention. L’achat de l’invention puis sa mise en brevet bloquera son utilisation ultérieure. Et si l’inventeur refuse de vendre ? …

On l’a compris : le changement doit être radical. C’est le coeur même de notre société qui doit changer. On n’en est plus au stade de reboucher les trous de la voirie (solution conjoncturelle) mais de changer complètement la voirie (solution structurelle). Cela implique l’émergence d’une nouvelle génération de décideurs qui sont prêts à faire table rase du passé.

L’ancien président français Edouard Philippe avait annoncé très tôt les changements énormes auxquels nous serions confrontés :

Si nous sommes face à l’incertitude sur ce que sera le monde dans 10 ans, nous pouvons toutefois nous risquer à anticiper des phénomènes qui vont émerger dans les trois ans. Les identifier aide à se préparer au mieux. Cela permet aussi de donner du sens au changement sans se laisser terrasser par lui, surtout au niveau psychologique.

Ce à quoi on peut s’attendre dans les quelques années à venir

L’emploi est certainement le domaine qui va être le plus impacté par les changements structurels majeurs qui s’annoncent.

Accélération du télétravail : ce phénomène existait déjà mais va aller en s’amplifiant. Ceci va avoir un impact majeur sur la relation entre la vie privée et le travail. Le travail est véritablement entré dans la sphère privée. Il pouvait se limiter à l’utilisation du smartphone professionnel. Maintenant la vidéoconférence nous fait plonger dans notre cadre de vie intime.

Impact de l’amplification du télétravail : le mode de consommation va changer radicalement : moins de restaurants, plus de consommations à domicile, avec tout l’impact que cela peut avoir sur les restaurants, les bars, … à proximité des lieux de travail habituels; la mobilité va aussi changer radicalement : utilisation moindre de la voiture et de l’avion, avec toutes les conséquences sur les usines de voiture et d’avion ainsi que sur la consommation de carburants.

Ecroulement de l’emploi dans les secteurs qui peuvent être robotisés : ce phénomène était déjà perceptible, par exemple les caissières des grands magasins qui sont progressivement remplacées par des machines. Bientôt, les caissières ne seront même plus nécessaires, à l’image de ce magasin :

La révolution robotique va s’accélérer en touchant des secteurs jusqu’ici épargnés :

Tout ce qui peut être digitalisé le sera.

  1. Les médecins deviendront de plus en plus des médiateurs entre la machine et l’humain, la machine posant des diagnostics avec un degré d’erreur beaucoup plus faible.
  2. Les traducteurs seront au chômage d’ici moins de dix ans. Il suffit déjà de constater l’efficacité du traducteur en ligne deeple.
  3. Les grandes décisions en entreprise seront prises davantage par des machines que par des décideurs humains, des algorithmes spécifiques permettant le traitement d’une masse de données qu’il n’est pas possible à un humain de gérer.

La démondialisation engagée par le Président américain Donal Trump avant la crise va aller en s’accélérant. Nous avions déjà constaté un retour progressif des grandes firmes sur le sol américain suite à une législation fiscale extrêmement favorable.

La crise sanitaire marque un frein brutal à la mondialisation. Elle a provoqué une prise de conscience sur la dépendance occidentale aux produits et services asiatiques, surtout chinois (fiasco occidental sur les masques). Cela impliquera un rapatriement de nombreuses firmes en occident en ce qui concerne les produits et les services vitaux. Malheureusement, l’impact positif en terme d’emploi sera limité vu l’accélération de la robotisation.

Le frein brutal du tourisme va plonger dans la pauvreté de nombreux pays dépendants de ce secteur. Pensons à ces millions de personnes qui vivaient de petits services rendus aux touristes (taxis, tchouk-tchouks, ….).

Quels sont les nouveaux emplois qui vont être créés ?

Nous n’en savons rien et c’est bien le problème. Nous ne connaissons pas les emplois qui émergeront dans 10 ans. Un certain nombre de hautes écoles en sont conscientes. Elles continuent à former les personnes à des compétences qui deviendront peut-être obsolètes d’ici 10 ans …

La relation état-citoyen va être profondément modifiée

Le rôle de l’état est d’assurer la sécurité des citoyens. Le citoyen accepte de lâcher des libertés et en échange il reçoit de la sécurité. C’est ainsi que s’est mise progressivement en place la police, l’assurance maladie, l’assurance chômage, …

Depuis quelque temps, on assiste à une baisse de la confiance des populations vis-à-vis des états (mouvement des gilets jaunes par exemple). Les scandales liés à la corruption, l’accroissement des inégalités, l’augmentation du chômage, les craintes liées aux changements climatiques, … ne font qu’agrandir le fossé entre des décideurs souvent déconnectés du monde réel et des citoyens en proie à des problèmes très concrets dans leur quotidien. La population ne se sent plus entendue.

La crise du coronavirus et l’impréparation des états occidentaux face à une crise qui aurait pu être anticipée (comme l’a fait par exemple Taiwan ou la Corée du sud), n’a fait qu’amplifier le phénomène. Le tsunami économique dont on ne perçoit pas encore l’ampleur à l’heure où j’écris ces lignes, va certainement achever le dernier filet de confiance encore en place. Les conséquences sociales sont encore inconnues mais elles seront certainement d’une ampleur encore jamais vue dans l’histoire moderne.

Auteur : Xavier Denoël

Formateur, Coach, Psychothérapeute, Médiateur