L’avant et l’après Corona Scénarios possibles pour 2021-2025

Anticiper l’avenir pour mieux se préparer

Depuis plus de 20 ans, je lis assidument la presse politique, financière et économique. Mes lectures touchent à la fois les medias classiques (dits « mainstream ») et les médias alternatifs. Je me considère comme un observateur curieux de ce qui se passe au niveau national et international. Je récolte les faits, je mets en lien mes différentes sources d’informations et je me crée ma propre opinion.

Actuellement, cet exercice est difficile. D’abord parce que le monde est devenu incroyablement complexe car interconnecté. Ensuite parce qu’il est difficile d’identifier les faits face à des informations souvent contradictoires. Enfin parce que le climat émotionnel, amplifié par les médias, brouille une vision raisonnée de la situation.

Une chose est en tout cas certaine : la normalité telle que nous l’avons connue est derrière nous. Le monde actuel est face à des changements de très grande ampleur dont nous ne voyons encore que les prémices. Les défis climatiques, économiques, financiers, technologiques, politiques étaient déjà présents début 2020. Néanmoins, rien n’avait véritablement été mis en place pour y répondre. Une inertie qui, selon les avis des experts, nous conduisait droit dans le mur. Le coronavirus est alors arrivé. Ce fut le détonateur pour forcer le basculement indispensable attendu depuis des années par les hommes et les femmes les plus conscients de la situation.

Le coronavirus, c’est ce fameux « cygne noir » de Nassim Nicholas Taleb. Il est devenu cygne noir non pas parce qu’il menaçait la survie de l’humanité (il a causé la mort de moins de 0,0008 % de la population mondiale) mais parce qu’il est apparu à un moment où le système actuel était à l’agonie.

Il est devenu le battement d’aile du papillon qui, depuis Wuhan en Chine, a provoqué un tremblement de terre qui s’est étendu partout sur la planète. Et l’étendue des dégâts et son impact sur notre futur sont encore inconnus. Nous avançons dans l’incertitude la plus complète.

Lorsque le battement d’aile du papillon peut tout changer.

Pourquoi cet article ?

Anticiper c’est prévoir et donc se préparer. Même si cet exercice peut sembler prématuré, essayons de mettre en lumière ce qui peut l’être. Cet article est constitué de trois parties. Tout d’abord, je fais le point sur la situation mondiale avant le coronavirus avec quelques schémas et chiffres à l’appui. Ensuite, j’essaye de dessiner quelques pistes pour le futur. Enfin, je tente de répondre à cette question : comment, individuellement et collectivement, pouvons-nous nous préparer aux changements à venir ?

Le monde avant le coronavirus

Lorsque nous regardons le monde sous différents angles, nous pouvons observer les déséquilibres qui existaient avant 2020.

Au niveau démographique d’abord

Evolution de la population mondiale depuis l’an 1000

A partir du début du 19ème siècle, nous observons une croissance de la démographie inédite dans l’histoire humaine. Nous pouvons l’expliquer entre autre par le démarrage et la montée en puissance de l’industrialisation. Aujourd’hui (2021), la population mondiale est évaluée à plus de 7,7 milliards. Au rythme actuel, elle pourrait atteindre 10 milliards en 2050. Est-ce vraiment soutenable au niveau des ressources disponibles de la planète ? Voir le rapport Meadows à ce sujet …

Nous assistons à un double mouvement : une baisse de la démographie dans les pays riches et une hausse très importante dans les pays pauvres. Cette hausse dans les pays pauvres peut s’expliquer d’une part par l’absence de politique contraceptive et aussi par le fait que les enfants permettent d’assurer la survie de leurs parents. La première cause de l’explosion démographique serait donc la pauvreté.

Rapport d’Oxfam de 2015 : 80 personnes dans le monde sont plus riches que 50% de la population

Ce graphique montre bien l’important déséquilibre existant entre les plus riches et le reste du monde. Il est important de noter que la crise de 2008 et l’afflux sans précédent d’argent utilisé par les pouvoirs publics pour renflouer les banques ont paradoxalement accéléré ce déséquilibre. La crise sanitaire a paradoxalement renforcé cette tendance. Les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres. Quant à la classe moyenne, elle se réduit comme une peau de chagrin.

Une facture trouvée sur une table de restaurant à St Tropez, France.

Tout cet argent public n’a pas aidé l’économie réelle mais l’économie virtuelle (Wall Street, CAC 40, Bel20, …). L’économie réelle est composée des petites et moyennes entreprises qui créent de la richesse et emploient des gens ; c’est le citoyen qui travaille, qui paye ses impôts et qui finance l’entretien des routes. La crise du coronavirus a mis en évidence l’importance de l’économie réelle. Pour manger, il faut des cultivateurs, des transporteurs, des chaînes de distribution. Sans nourriture, l’édifice sociétal s’écroule, c’est une question de survie. Wall Street n’est pas un marché de fruits et légumes mais un marché d’actions qui ne se mangent pas.

Au niveau économique

Nous entrons ici au coeur du système capitaliste. Le capital prête les fonds à des entreprises pour fabriquer des produits de consommation. Cette production permet de faire travailler des personnes et de les rémunérer. Avec l’argent reçu de leur travail, les personnes achètent les produits de consommation. Plus la production augmente, plus le capital augmente ses bénéfices et mieux l’emploi se porte. Nous sommes dans une dynamique de mouvement et donc de croissance, ce qui a permis de faire sortir de la pauvreté une partie importante de la population mondiale.

Pour garantir cette croissance, il a fallu mettre en place différents mécanismes.

Tout d’abord l’obsolescence programmée : il s’agit de « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement » (wikipedia).

Imaginons que j’achète des sandales. Celles-ci sont si solides, si bien faites qu’elles durent au moins dix ans. Cela signifie que je n’ai nul besoin d’acheter de nouvelles sandales avant dix ans. Conséquences : la production de sandales stagne, les besoins en main d’oeuvre n’évoluent pas, le capital n’engrange plus de bénéfices. L’entreprise va donc fabriquer des sandales qui s’usent plus vite. Ce qui est vrai pour les sandales est vrai pour les vêtements, les machines, les voitures, … Je me rappelle de mon père qui vantait les chemises très solides fabriquées dans les années 50 (et qui ont disparu). Les voitures mercedes bien entretenues pouvaient rouler jusqu’à 1 million de kms.

Voici l’exemple d’une lampe plus que centenaire.

Cette ampoule brille depuis l’époque de Thomas Edison lui-même, dans une caserne de pompiers en Californie depuis 1901. Depuis son installation, elle n’a été éteinte que pendant une semaine en tout. Une caméra retransmet en direct sur Internet les images de cette ampoule, pour prouver qu’elle est toujours allumée, même si personne ne sait comment son filament continue de briller.

Il y a plusieurs années, des actions en justice ont été lancées pour dénoncer cette obsolescence programmée par les fabricants d’imprimantes. Et pourtant, rien ne change véritablement. Pourquoi ? Parce que des priorités comme l’emploi et la « croissance » sont mises en avant.

Un autre moyen d’assurer la production est la création de nouveaux besoins. Il s’agit de persuader les gens qu’ils seront plus heureux s’ils consomment tel produit. La publicité, les films, les medias en général agissent donc sur la psychologie humaine, souvent de manière très subtile. Des vedettes de télévision, du sport, de la chanson, … (les influenceurs) sont payées grassement pour promouvoir tel ou tel produit. Les mécanismes de persuasion sont basés sur des études très avancées de la psychologie humaine. Par exemple, connecter avec le besoin d’appartenance. Les adolescents sont très influencés par ce besoin. Posséder le dernier iphone comme les copains devient un signe d’appartenance au groupe. Noam CHOMSKY a bien mis en évidence les