« Je me sens seul(e) car personne ne me comprend vraiment »

Qui n’a pas un jour ressenti cette solitude de ne pas être compris(e), de ne pas être entendu (e). Je propose ci-dessous une clé de compréhension de cette solitude intérieure que l’on peut ressentir.

Tournons notre regard de l’extérieur vers l’intérieur. Chacun d’entre nous est un univers à part entière. Cet univers est vaste. Comme disait Socrate : connais-toi toi-même et tu toucheras l’univers et les dieux ». Socrate parlait de notre intérieur. Lorsque je regarde la vastitude d’un ciel étoilé, l’équivalent est à l’intérieur de moi.

Cet univers est constitué de tout ce qui me fait « moi » : mon histoire, ma personnalité, mes ressentis, mes opinions, mes pensées, mes rêves, mes espoirs, mes craintes, …  appartiennent à cet univers. Si chacun est constitué d’un univers différent, cela signifie qu’une autre personne ne pourra jamais vraiment sentir ce que je sens, voir ce je vois, entendre ce que j’entends, comprendre ce que je pense. Même la personne qui me connaît le mieux au monde ne pourra jamais voir, sentir, entendre, aimer exactement comme je vois, je sens, j’entends, j’aime. D’où ce sentiment parfois fort de ne pas être compris, de ne pas être entendu. De là ce sentiment de solitude qui nous habite parfois.

De cette solitude naît le besoin de communiquer à l’extérieur ce qui nous habite. Notre besoin d’humanité, de social, de l’autre tout simplement nous pousse à communiquer ce qui nous habite à l’extérieur de nous-mêmes. Les moyens pour ciommuniquer à l’extérieur sont vastes : la parole d’abord mais cela peut-être aussi le geste, le toucher corporel, la musique, la peionture, la sculpture, bref tout moyen qui permet de communiquer à l’autre ce qui nous habite. Certaines personnes sont plus aptes à communiquer par le langage, par l’écriture, par le corps, la musique, … Mozart était un maître pour communiquer ce qu’il habitait par la musique, tout en considérant qu’une telle maîtrise peut aboutir à toucher une vibration intérieure collective au-delà de la vibration individuelle, mais c’est une autre histoire.

Dans le monde de l’entreprise, la communication par le langage et par l’écrit revêtissent une importance considérable. C’est pourquoi il est nécessaire de travailler à ce niveau pour être certains que mes mots et mes écrits reflètent exactement mon intérieur à un moment précis. Ce sera plus facile pour certains que pour d’autres. A chacun ses forces et ses faiblesses.

Dans le cas particulier de l’autisme et de l’introversion extrême, la personne vit dans son univers et ne peut communiquer ce qui l’habite à l’extérieur ou alors très difficilement. Des professionnels proposeront alors un travail pour élaborer cette passerelle entre le monde intérieur et le monde extérieur.

Gagner plus en travaillant moins ?

Je vois régulièrement des publicités sur internet avec le slogan : « travailler moins et gagner plus ». Lu au premier degré, ce slogan pourrait faire croire qu’il n’est pas nécessaire de travailler trop pour gagner beaucoup. En clair, cela promulgue le culte du « non-effort ». Et, bien entendu, ces publicités visent avant tout votre portefeuille plutôt que votre propre bénéfice.

Sans nier le bien fondé du slogan, j’en suggèrerais une application plus consciente où l’effort sera mis d’abord sur le développement de la personne avant l’effort mis sur le résultat. Le résultat sera une conséquence automatique du développement personnel.

Partons de la loi de Pareto. Connue également sous le nom de règle des 80/20, la loi de Pareto permet d’identifier rapidement quels sont les efforts qui m’assurent le maximum de bénéfices. Un exemple simple : Je regarde dans mon chiffre d’affaires de 2023 quels sont les 20% de clients qui m’ont apporté 80% de mon chiffre d’affaires. En 2024, je ciblerai mes efforts d’abord sur ces 20% de clients. Cela ne signifie évidemment pas que ces 80% doivent être ignorés. Je vais juste mettre mes priorités ailleurs.

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Une fois la loi de Pareto comprise, est-ce suffisant ? Pour l’exemple ci-dessus avec les clients, peut-être que oui. Ceci parce que j’ai un chiffre concret qui me montre la direction à suivre : mettre mon énergie sur ces 20% de clients.

Qu’en est-il si je n’ai pas de chiffres, rien de concret en main ? Par exemple j’ai un temps limité pour développer mon réseau dans une région et je ne sais où mettre mon énergie. J’ai un grand nombre d’options devant moi et je ne sais laquelle choisir en priorité.

La loi de pareto comme clé de compréhension n’est pas suffisante. Il faut y adjoindre un effort au niveau du mental. Comment ? Il faut comprendre comment fonctionne le mental. C’est le mental d’où partent les décisions. Ce mental est composé d’une partie inférieure et d’une partie supérieure. Dans la partie inférieure, il y a un grand nombre de parasites que l’on pourrait comparer à des fichiers temporaires sur un ordinateur. Ces fichiers brouillent ma vision. La plupart du temps, dans la vie courante, nous restons dans cette partie inférieure du mental. La partie supérieure du mental est le siège de l’intuition profonde. Elle agit en arrière plan mais est le plus souvent brouillée par les parasites du mental inférieur. Le mental supérieur pourraît être appelé le siège de l’intuition, du 6ème sens. Alors que je suis dans l’incertitude, je « sens » que c’est cette direction qu’il faut prendre.

Comment contacter cette partie supérieure du mental ? La méditation est une méthode possible. Elle vise à relaxer, calmer le mental inférieur. Certaines méthodes permettent aussi d’effacer les fichiers temporaires mais c’est une autre histoire. Lorsque le mental inférieur se calme, les pensées parasites diminuent. Progressivement, de la lumière apparait dans l’obscurité. Nous sommes à l’écoute de notre mental supérieur et de ses conseils. Je pourrai alors identifier les options qui donneront la plus grande probabilité de succès.

En résumé :

  1. Comprendre la loi de Pareto
  2. Clarifier mon intention
  3. Calmer mon mental inférieure par la méditation
  4. Etre à l’écoute des conseils fournis par la partie supérieure de mon mental

Conflit Israël-Hamas : lorsque l’émotion prend le pas sur la raison

Je fais ici le lien entre les recherches de haut niveau en psychologie sociale et la situation actuelle au Moyen-Orient suite aux attentats du Hamas début octobre 2023.

L’idée de cet article m’est venue suite à la lecture d’un article paru dans le courrier des stratèges (média alternatif). Le courrier des stratèges parle du « Nudge » :

« Le nudge est devenu une sorte de réflexe pour les gouvernements occidentaux. Il repose largement sur l’idée que les gens sont plus faciles à manipuler lorsqu’ils ne sont plus en état de réfléchir et qu’ils sont dominés par leurs émotions et leurs réflexes. D’où l’industrialisation d’un narratif par les Etats destinés à faire peur, en permanence, pour obtenir des citoyens les comportements d’obéissance attendus ».

La théorie du Nudge, inspirée des travaux de Richard Thaler, prix Nobel d’économie en 2017 pour ses travaux sur l’économie comportementale, montre à quel point nous pouvons être manipulés via notre canal émotionnel. Le défilé d’images médiatiques liées à de mauvaises nouvelles, vraies ou fausses, exacerbent nos émotions et nous déconnecte de notre canal rationnel. Nos décisions sont dès lors prises sur base de nos émotions et non plus sur notre raison.

Quel lien avec le conflit en cours ?

Le Hamas a appuyé sur le bouton émotionnel en diffusant des images terribles liées à ses attentats en territoire israélien. Il a clairement tendu un piège à Israël en sachant qu’Israël ne pourrait réagir qu’émotionnellement face à de tels actes. Il a sans aucun doute espéré une réaction forte d’Israël qui provoquerait à son tour une forte vague émotionnelle dans le monde et remettrait la question palestinienne au coeur de l’actualité mondiale.

Le peuple juif est intellectuellement extrêmement intelligent mais il reste très vulnérable au niveau émotionnel. Dans l’histoire, il a été beaucoup persécuté. Cela a introduit dans l’inconscient collectif juif un fond de peur et un réflexe sécuritaire de survie. Cette peur collective a fait d’Israël une des meilleures armées du monde et un des plus puissants systèmes de renseignements existants.

L’attentat du Hamas a ébranlé la certitude de sécurité bâtie durant des décennies. Il a dès lors ranimé la peur racine du peuple juif et provoque maintenant un puissant réflexe émotionnel de survie. Israël ne peut plus maintenant se sentir en pleine sécurité dans ses frontières. Là est le plus grand coup porté par le Hamas car il a touché au coeur les besoins sécuritaires légitimes du peuple juif. D’où la réaction très émotionnelle d’Israël et sa décision hautement risquée d’occuper Gaza.

L’hyper-réaction d’Israël montre que l’émotionnel a pris le pas sur le rationnel. La colère liée à l’esprit de vengeance ne peut amener que désolation et destruction. Aucune négotiation n’est possible dans un climat émotionnel. Le Moyen-Orient est en situation très dangereuse car ce conflit ranime des fractures historiques non réglées.

Il est aussi important de bien comprendre la guerre médiatique qui se joue actuellement et l’importance de diversifier ses sources d’information. Sur ce sujet important, je renvoie à cette vidéo.

Que pouvons-nous faire à notre niveau ?

Si nous ne pouvons pas apporter de l’aide concrète sur le terrain comme le font beaucoup de personnes et d’ONGs humanitaires :

  1. cesser de regarder les nouvelles si elles provoquent en soi-même trop d’émotions
  2. trouver la paix intérieure par la méditation ou la prière
  3. diffuser cette paix dans cette région du monde …

La guerre en Ukraine et le triangle dramatique « persécuteur – victime – sauveur »

« C’est la responsabilité des intellectuels de dire la vérité et de dévoiler les mensonges. » Noam Chomsky

En guise d’introduction

Chaque conflit dans le monde peut être vu sous un regard différent. L’historien la verra sous l’angle de l’histoire, l’anthropologue sous l’angle des sociétés humaines, le militaire sous l’angle de la sécurité par les armes, … C’est la diversité des points de vue qui permet de saisir la vraie réalité d’une situation. Dans cet article, je propose un regard psycho-géopolitique sur la situation en Ukraine.

La psychologie offre un regard intéressant dans la mesure où elle met en lumière des schémas inconscients qui gouvernent nos pensées et nos actions que ce soit à l’échelle individuelle ou collective. Dans cet article, je m’appuyerai sur le triangle dramatique de Karpman, un modèle de référence dans la gestion des conflits.

Le triangle de Karpman met en scène trois joueurs : le persécuteur, la victime, le sauveur. Karpman avait eu l’intuition de ce triangle en observant une pièce de théâtre où le mari maltraitait sa femme (ce qui le mettait dans le rôle du persécuteur), l’épouse était maltraitée (rôle de la victime) et, en désespoir de cause, elle trouvait dans son amant un sauveur. Dans la suite de la pièce, l’épouse se réconcilie avec son mari, et ensemble, ils deviennent les persécuteurs de l’amant qui prend le rôle de … la victime. Il s’agit donc d’un jeu à trois où les joueurs peuvent changer de rôle.

Le triangle de Karpman est aussi appelé « triangle dramatique ». Il exacerbe le conflit en créant une force centripète dont il est difficile de se libérer. Les interventionnistes sont enfermés dans leur rôle et la communication entre eux est coupée. C’est exactement ce à quoi l’on assiste dans le conflit ukrainien. Dans cet article, je vais tenter d’éclaircir le rôle de chaque acteur (Ukraine, Russie, Occident) à partir de ce modèle.

Le triangle de Karpman peut être vu sous trois niveaux de conscience différents : le niveau de conscience grossier, le niveau de conscience subtil et le niveau de conscience le plus élevé que je qualifierai de « responsable« . Le premier niveau se situe à un stade que l’on pourrait qualifier d’infantile. Le deuxième niveau met en lumière les véritables intérêts en présence. Le troisième niveau permet à chacun de faire évoluer son rôle et de sortir de la dynamique dramatique. En 2023, je situe la conscience collective dans ce conflit au niveau 1 : le niveau infantile, relayé par les medias grand public.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un petit retour historique

 Je suis né en 1966, 20 ans après la deuxième guerre mondiale. Ma naissance en Europe de l’ouest à ce moment de l’histoire humaine m’a permis de vivre dans une ère de prospérité et de paix inégalée. Après 1945, nos grands-parents ont dit : « plus jamais cela ! ». C’est ainsi que furent créées des structures internationales pour éviter de retomber dans les horreurs de la période nazie : notamment l’ONU aux niveau mondial et la CECA au niveau européen (devenue l’Union européenne depuis). Le monde était divisé en deux camps clairement identifiés : les capitalistes d’un côté représenté par les Etats-Unis et l’Europe, et les communistes de l’autre représentés par l’Union soviétique. L’équilibre des deux camps, assuré par la dissuasion nucléaire, a permis de garantir la paix et, de là, une certaine prospérité.

Avec la chute du mur de Berlin en 1989, l’Union soviétique s’est effondrée et le bloc occidental s’est déclaré vainqueur de la guerre froide. Le capitalisme avait « gagné ». Néanmoins, le capitalisme, très compétitif, a toujours eu besoin de se battre contre quelqu’un ou quelque chose pour exister. Après 1989, l’équilibre mondial basé sur deux blocs radicalement opposés a disparu. Avec la défaite de « son ennemi », le bloc occidental a perdu une identité fondée sur sa différence. Il est progressivement devenu son propre ennemi. Les crises financières et économiques qui se sont succédées depuis reflètent un capitalisme en fin de vie qui cherche désespérément à se réinventer. Sur base de cette observation, la crise ukrainienne pourrait être devenue la suite douloureuse d’un long processus qui a démarré en 1989.

La nouvelle génération née après la guerre, et surtout à la fin du 20ème siècle, a progressivement perdu le souvenir du passé et les leçons apprises de ce passé pour éviter d’autres guerres. Nos décideurs actuels n’ont pas connu la guerre et ont préféré jouer la carte de l’escalade plutôt que celle de la négociation. Démarré il y a un an (février 2022), le conflit a pris de l’ampleur. Au fil des mois, la puissance des armes utilisées sur le terrain a augmenté. Le 21 février, le Président Poutine a suspendu le traité New Start sur le désarmement nucléaire. Des armes nucléaires vont aussi être installées par la Russie sur le territoire de son allié biélorusse. La Finlande, neutre jusqu’à présent, a rejoint l’OTAN. Des troupes ukrainiennes sont entrainées aux Etats-Unis.

Encore tétanisée par la récente crise sanitaire, l’Europe ne semble pas consciente du danger alors qu’elle a été le théâtre de guerres répétées durant des siècles. Les 30 glorieuses après 1945 ne furent qu’une parenthèse dans son histoire. L’Europe ressemble curieusement à la grenouille dans un casserole d’eau qui chauffe progressivement. La température augmente et la grenouille ne voit rien venir. Au final, la grenouille meurt ébouillantée.

Comment réagit la population européenne face à cette escalade ? Epuisée par la crise COVID, confrontée à une inflation sans précédent, elle assiste au « spectacle ukrainien » devant son écran de télévision. Au moment d’écrire ces lignes, la France est secouée socialement par la réforme des retraites. La plus grande partie de l’attention médiatique se focalise ailleurs.

Les trois acteurs du triangle

Dans le conflit en Ukraine, nous pouvons identifier clairement trois acteurs :

la Russie est le persécuteur puisqu’elle est entrée en Ukraine en violation du droit international.

l’Ukraine est la victime puisqu’elle est soumise au feu de l’armée russe.

le monde occidental est le sauveur puisqu’il fournit des financements et des armes à l’Ukraine pour défendre l’Ukraine.

Analysons plus en détail …

La Russie dans le rôle de persécuteur

Le 24 février 2022, la Russie commence son « opération spéciale » contre l’Ukraine. Elle joue donc le rôle du persécuteur dans le triangle. Les faits sont indiscutables :

  1. la Russie entre avec son armée en Ukraine (agresseur/persécuteur)
  2. l’Ukraine est violée dans ses frontières (agressée/victime)
  3. le bloc occidental vient au secours de l’Ukraine qui ne peut se défendre seule face à la puissante Russie (sauveur).

Comme je l’ai noté plus haut, ce schéma à trois joueurs peut être vu de manière très infantile : la Russie c’est le camp du mal, l’Ukraine c’est la victime qu’il faut sauver de la (méchante) Russie; l’occident, c’est le camp du bien car il vient sauver l’Ukraine.

Cette vision simpliste correspond à celle proposée dans les films à succès qui font exploser le box office des cinémas (type Avatar 2 pour rester dans l’actualité récente). Dès le départ, on connait les bons et les méchants. A la fin du film, ce sont les bons qui gagnent car ils sont dans le camps du bien. Le schéma hollywoodien des films à succès fonctionne très bien auprès du grand public. Rappelons-nous le discours prononcé par G.W. Bush sur un porte-avion après la victoire en Irak. La mise en scène faisait clairement penser au film Top Gun : « mission accomplie« . Nous voyons maintenant les conséquences de cette guerre et connaissons les mensonges qui l’ont justifié. Comme le disait récemment Dominique Villepin (ancien ministre français des affaires étrangères) dans une interview sur la 2ème guerre du Golf, il est facile de manipuler une population.

Essayons de voir maintenant comment l’histoire européenne pourrait renforcer la triangulaire de Karpman.

Après 1945, les pays de l’Est ont eu la malchance d’être du mauvais côté du rideau de fer. Ils furent privés de leurs droits fondamentaux, vivant jusqu’en 1989 sous le joug du « grand frère soviétique ». On comprend dès lors l’émotion d’un pays comme la Pologne qui s’est vue plusieurs fois dans l’histoire victime du « grand frère » russe/soviétique (le massacre de Katyn par exemple) . Cet article, qui concerne l’Estonie, pourrait s’appliquer aux autres pays de l’Est. Voici un interview télévisé du Premier ministre polonais.

Aujourd’hui, la Russie n’est plus l’Union soviétique et Poutine n’est pas Staline. Néanmoins, la peur liée au passé joue encore un rôle non négligeable. Le Président russe est actuellement accusé de crime de guerre par la Cour Internationale Pénale de La Haye. Cette accusation, même si elle n’a aucune chance d’aboutir (la Russie n’est pas signataire), rend encore plus compliquée une négociation. Négocie-t-on avec un criminel de guerre ? Il semble que certains font tout pour bloquer toute négociation future dans ce conflit.

L’Ukraine dans le rôle de la victime

La place de l’Ukraine dans le triangle dramatique est indéniable. L’Ukraine est la victime. En mars 2014, l’Ukraine s’est vue amputée de la Crimée. Elle n’a pas eu les moyens de se défendre. Depuis février 2022, elle est maintenant victime d’une nouvelle agression russe baptisée « opération spéciale ». Elle a cette fois décidé de prendre les armes avec le soutien des pays occidentaux. Elle paye un très lourd tribut face à un pays puissant, non seulement au niveau humain mais aussi au niveau de ses infrastructures.

Le Président ukrainien est un ancien acteur. Il est maître dans l’art de jouer la corde sensible de la victime et nous ne pouvons l’en blâmer. Toutes les occasions sont bonnes pour renforcer la Russie dans le camp du mal, quitte à se discréditer en s’avançant trop vite dans l’interprétation de certains évènements. Néanmoins, Comme le dit cet article, le Président ukrainien a encore une longueur d’avance sur la Russie dans la guerre médiatique qui se joue. Des pays comme la Corée du Sud analyse d’ailleurs attentivement la stratégie médiatique du Président Zelenski qui s’intègre parfaitement dans le nouveau paysage technologique actuel.

Face à la victime, la pression psychologique sur les dirigeants occidentaux est forte. Au nom des valeurs européennes, ils ne peuvent laisser la victime sans défense face au géant russe. On assiste à une surenchère entre les pays occidentaux pour celui qui fournira le plus d’aide à l’Ukraine, y compris au niveau militaire. On voit aussi les leaders occidentaux s’empresser de serrer la main du Président ukrainien en lui promettant des armements de plus en plus sophistiqués.

Il y a néanmoins un paradoxe dans l’attitude européenne : à la fois un discours fort pour aider l’Ukraine et en même temps des actions timides et non coordonnées. Quelques chars allemands, britanniques, français, américains peuvent-ils constituer véritablement une force coordonnée face à l’armée russe qui dispose d’un matériel parfaitement uniformisé ? Qui va former les militaires ukrainiens à l’utilisation de ces différents systèmes d’armement ? Le Président Zelenski n’est pas dupe de cet engagement timoré du bloc occidental et ne se prive pas de le dénoncer publiquement.

Il est aussi un élément qu’il est important de mentionner. La corruption en Ukraine était largement répandue avant l’invasion russe. Même durant l’invasion russe, des détournements de fonds ont été dénoncés. Bien que le Président Zélenski ait pris des mesures fortes à ce sujet, la corruption mine encore la crédibilité du discours ukrainien.

L’Occident dans le rôle du sauveur

En aidant financièrement et militairement l’Ukraine, le camp occidental joue le rôle de sauveur dans le triangle de Karpman. Il est important de noter que peu après l’entrée de la Russie en Ukraine, un accord fut sur le point d’être conclu, ce qui arrêtait la guerre. Boris Johnson, Premier ministre du Royaume-Uni, est alors intervenu en disant à Zelenski de ne pas signer l’accord et que l’Ukraine pouvait gagner la guerre contre la Russie avec l’aide occidentale … Voir cet article. Il y a aussi de nombreuses vidéos sur YouTube réalisées par des journalistes indépendants pour commenter ce fait.

Question : pourquoi le bloc occidental intervient-il ? Sur base de quel motif ? Suite à la promesse d’aider l’Ukraine à vaincre la Russie si elle continuait la guerre, on pourrait présumer une « dette morale » de l’occident vis-à-vis de l’Ukraine. Mais est-ce suffisant pour comprendre l’alignement de l’occident contre la Russie ? L’Europe est-elle vraiment prête à défendre un pays qui n’est ni membre de l’OTAN ni membre de l’Union européenne ? L’Europe est-elle prête à saigner sa population en imposant des sanctions contre la Russie au nom des principes démocratiques ? Pourquoi intervenir ici et pas sur les autres terrains du monde où des populations voient leur souveraineté bafouée ? Si l’on veut faire preuve d’un minimum de bon sens, il nous faut pousser plus loin l’analyse.

De la vision simpliste à la vision complexe

La vision simpliste du triangle permet d’identifier le camp du bien et le camp du mal. Mais est-ce vraiment aussi simple comme l’exprime Henri Guaino dans cette vidéo ?

Le scénario du gentil et du méchant est accessible à une population plus occupée à gérer son quotidien qu’à essayer de comprendre la complexité du monde actuel. Ceux qui manient le discours simpliste du gentil et du méchant, et ils le font avec brio, peuvent pousser la population dans la direction choisie par eux. Si la population est convaincue d’être dans le camps du bien contre le mal, elle ne s’opposera pas à l’augmentation des budgets militaires ni aux interventions armées. Il y a eu un précédent : la deuxième guerre du Golf, lancée sur l’affirmation que l’Irak était en possession d’armes de destruction massive (Discours du Général Powel aux Nations Unies en 2003). Une fois en Irak, rien n’a été trouvé. Le mal était pourtant fait. On en connaît les conséquences catastrophiques qui en ont résulté pour toute la région et qui sont encore bien visibles 20 années après. L’Irak est exsangue.

Pour sortir de la vision simpliste véhiculée par les discours officiels, il faut commencer à se poser les bonnes questions. Essayons …

Première question : la guerre a-t-elle vraiment commencé en 2022 ?

Dans les faits, la guerre a commencé en février 2022, lorsque la Russie est entrée en Ukraine. Il y a-t-il eu des signes avant coureurs qui pouvaient prévoir l’entrée de la Russie en Ukraine ? Depuis plusieurs années, la Russie avait fixé une ligne rouge au bloc occidental : pas question que l’OTAN s’élargisse jusqu’à la frontière avec la Russie. Or, l’OTAN commençait à former les militaires ukrainiens et accroître sa présence dans la région. Ecouter l’interview du journaliste d’investigation Michel Collon à ce sujet. De même l’interview de Caroline Galacteros (à partir de la minute 9) qui se pose la question du début véritable de cette guerre : 2022 ? Ou 2014, année où les accords de Minsk n’ont plus été respectés (plus de 14000 morts russophones dans la région ukrainienne du Donbass) ?

Deuxième question : le camp occidental peut-il se permettre de donner des leçons ?

Le camp occidental se situe dans le camps du bien et se pose en donneur de leçons. A-t-il pourtant assumer les conséquences de ses actions dans le passé récent comme s’interroge cet article ? La Russie peut certes être mise sur le banc des accusés pour son intervention armée en Ukraine. Pour des raisons d’égalité, le bloc occidental doit aussi accepter d’être mis sur le banc des accusés pour ses actions en Yougoslavie, en Irak et en Lybie.

Troisième question : quels sont les vrais enjeux de cette guerre ?

C’est la question fondamentale pour comprendre les mécanismes de la guerre et éviter autant que possible un point de non retour. Une guerre ne se déclenche pas par hasard. Pour comprendre ses enjeux, il faut mettre en lumière les intérêts des uns et des autres.

Il ne fait aucun doute que les Etats-Unis sont les grands gagnants de cette guerre. J’invite le lecteur à écouter cette vidéo qui ne relate que des faits. Le conflit a coupé l’Europe de la Russie, ce qui a rendu l’Europe encore plus dépendante du continent américain au niveau énergétique. Le gaz de schiste américain, honni par les écologistes européens, alimentent maintenant le parc automobile et les chaudières européennes. Aucune lumière n’a encore été faite sur l’explosion des pipelines Nordstream reliant la Russie à l’Europe. Seymour Hersh, un journaliste d’investigation américain reconnu, a mis en cause les américains.

Lorsque l’on pousse plus loin l’analyse, on peut penser qu’il y a un intérêt encore plus grand à mettre la Russie à genou : maintenir la suprématie du dollar au niveau du commerce mondial alors que la Russie vend maintenant ses matières premières … en roubles. Sadam Hussein en Irak et Kadafi en Lybie l’ont appris à leur dépens. La suprématie du dollar a permis aux Etats-Unis de vivre largement au-dessus de leur moyen (l’endettement américain a dépassé les 30.000 milliards de dollars en 2022). Une diminution significative de la part du dollar dans le commerce mondial amènerait l’écroulement du système financier occidental.

Le chercheur américain Brzezinski avait mis en évidence le rôle pivot de l’Ukraine pour sauvegarder la suprématie américaine. L’écroulement du mur de Berlin en 1989 a mis fin à l’Union soviétique. Depuis, la Russie a lentement repris sa place dans les puissances capables d’influencer diverses régions du monde. Certains à l’Ouest pourraient voir dans la guerre ukrainienne une occasion de finir le travail commencé en 1989.

Voir à ce propos cet article.

Paradoxalement, les sanctions occidentales qui visaient l’écroulement de la Russie ont accéléré la mise en place d’une alternative au dollar avec le soutien tacite de la Chine et d’autres pays. Nous sommes donc dans une transition majeure au niveau géopolitique. Nous y reviendrons.

Quels sont les autres acteurs qui ont un intérêt à cette guerre ?

Dans son discours de fin d’investiture, le Président américain Eisenhower, avait mis en garde sur la puissance du complexe militaro-industrielle et le risque qu’il pourrait représenter. Pour les vendeurs d’armes, l’Ukraine est un nouveau marché. La guerre offre un double intérêt : d’abord tester des armes de nouvelle génération sur le terrain (vitrine pour les futurs clients) et ensuite justifier l’augmentation des budgets militaires.

Qu’en est-il de la Russie ?

La Russie a mis en évidence son besoin de sécurité par rapport à l’OTAN qui s’approchait dangereusement de ses frontières. Elle a mis aussi en avant la protection des populations russophones de l’Ukraine (des milliers de mors depuis 2014).

Lorsqu’on va plus loin dans l’analyse, on peut aussi identifier un autre intérêt. La Russie a été humiliée avec l’écroulement de l’Union soviétique. Les discours de Poutine relancent le patriotisme russe en mettant en évidence la grandeur de la Russie face à la décadence occidentale. Il y a aussi des relents impérialistes dans le discours de Vladimir Poutine en considérant l’Ukraine comme faisant partie historiquement de la Russie. La guerre en Ukraine permet de renforcer l’identité nationale et de retrouver une place dans l’échiquier mondial.

Quid des perdants ?

Le grand basculement géopolitique en cours semble s’être concentré sur la malheureuse Ukraine. Les puissances ont trouvé un champ de bataille qui permet d’éviter une confrontation directe entre elles et qui met à l’abris leur population respective. L’Ukraine est le terrain de jeu de deux blocs, de deux visions du monde différentes. Le reste du monde, en spectateur, compte les points et observent avec attention qui en sortira vainqueur.

On ne peut douter que le président ukrainien se batte pour les intérêts ukrainiens. Sa stratégie médiatique actuelle offre des avancées en terme de fournitures de financements et d’armes de guerre (des missiles à portée de plus en plus longue, puis des chars et bientôt peut-être des avions). Par contre, dans la grande réorganisation géopolitique en cours, il est clairement le jouet d’intérêts qui dépassent les intérêts de son peuple. Que se passera-t-il lorsque l’Ukraine ne servira plus les intérêts américains ?

Qu’en est-il de l’Europe ?

L’Europe paye sa dépendance militaire aux Etats-Unis. Pour différentes raisons, l’Europe s’est concentrée sur son développement économique et non sur son développement militaire (lié au développement politique). Elle en paye maintenant le prix fort. Elle est obligée de suivre la ligne imposée par le protecteur américain. A l’heure actuelle, dans une guerre conventionnelle, elle serait incapable de s’imposer seule face à la Russie. On assiste toutefois à un réveil avec une augmentation spectaculaire du budget militaire de l’Allemagne et une fusion entre les forces terrestres allemandes et hollandaises.

Les sanctions contre la Russie ont aggravé la facture énergétique. L’inflation héritée de la crise sanitaire n’a fait que se renforcer. L’Europe doit maintenant acheter son énergie ailleurs et à un prix beaucoup plus élevé. Le paradoxe est que la Russie revend son pétrole en Asie, pétrole revendu ensuite en Europe à un prix beaucoup plus élevé. L’Allemagne, qui avait opté pour une énergie bon marché pour son développement économique, est sans aucun doute la plus grande perdante de la rupture avec la Russie. Dans une de ses conférences, Alain Juillet explique avec une grande clarté la rupture de l’équilibre au niveau mondial et surtout l’impact au niveau allemand.

Ce conflit peut-il se généraliser à tout le continent européen ? Pour l’instant, le « monde occidental » par son aide militaire massive dans le conflit est partie prenante dans le conflit. Récemment, le Président français a signé un traité d’alliance avec le Président ukrainien. Le Président Poutine avait parlé de l’ours russe qu’il ne fallait pas chatouiller au risque de le voir sortir ses griffes. Beaucoup n’ont pas prêté attention à ce « détail ». La Russie est en train de transformer son économie en économie de guerre et cela a déjà commencé certainement déjà plusieurs années. De fait, elle devient l’armée la plus puissante du continent.

Qu’en est-il des Etats-Unis ?

Les sanctions contre la Russie (plus accès à SWIFT, saisie des réserves de change russes, …) pourraient se retourner contre les Etats-unis et accélérer la dédolarisation de l’économie mondiale. Voire l’excellent article de Charles Gave à ce sujet.

Les russes sont des joueurs d’échec et s’étaient déjà préparés aux sanctions avant d’envahir l’Ukraine. De plus, le rapprochement avec la Chine est un échec diplomatique retentissant pour les Etats-Unis. La Chine et la Russie se se sont rapprochés et semblent avoir conclu un accord non-officiel : une aide militaire de la Chine en Ukraine pour soutenir la Russie en échange de ressources naturelles et technologiques russes. D’autres pays, dont l’Arabie saoudite (pourtant alliée de longue date des Etats-Unis), l’Inde, le Brésil, … rejoignent petit à petit le nouvel axe Russie/Chine en prévoyant leurs échanges commerciaux dans leurs devises respectives plutôt qu’en dollar. Des liens économiques de plus en plus étroits se tissent entre les BRICS (voir notamment les nouveaux accords entre la Russie et l’Iran).

Les russes ont maintenant trouver des acheteurs alternatifs pour leur pétrole et leur gaz. Dans le cas où un accord secret aurait été conclu avec la Chine et l’Inde pour vendre le pétrole russe 30% moins cher que sur le marché mondial, cela signifierait que les marchandises chinoises et indiennes pourraient être vendues beaucoup moins cher que les marchandises européennes, ce qui annonce une crise majeure pour l’économie européenne. Voir cet interview à ce sujet.

Sortir du triangle de Karpman grâce à une conscience responsable

La guerre ou la négociation ?

Tout d’abord, il est important de souligner que les puissances de la planète ne partagent pas la même vision sur l’issue du conflit. Voici les résultats d’un sondage du Conseil européen pour les relations internationales. L’occident mise sur les armes pour mettre fin à la guerre par le pouvoir des armes. Le reste du monde préconise la négociation.

Pour qu’une négociation soit lancée, il sera nécessaire dans un premier temps d’identifier tous les acteurs de cette guerre et leurs agendas. Dans un deuxième temps, les intérêts et les besoins de chacun devront être exprimés.

Quels sont les véritables besoins des acteurs ?

En ce qui concerne l’Ukraine, il est clair que c’est la sécurité. Ce pays est enclavé entre le monde occidental auprès duquel il cherche protection (OTAN) et son intégration (UNION EUROPEENNE) et la Russie avec qui elle partage des liens historiques et économiques importants.

Quant à la Russie, elle avait mis en avant son besoin de sécurité face à l’OTAN ainsi que la respect des accords de Minsk qui visaient à protéger la population russophone d’Ukraine. A l’analyse, il y aurait aussi d’autres éléments qui pourraient alimenter l’intervention russe : à la fois l’humiliation de la perte de la guerre froide contre l’occident et l’impérialisme de la grande Russie historique. Voici le discours à fort accent patriotique donné par Vladimir Poutine le 21 février 2023.

En ce qui concerne l’occident, le besoin ne semble pas très clair. Pourquoi aider l’Ukraine alors qu’il n’y a pas d’intérêt vital lié à ce pays ? Dans le discours, il s’agit de venir en aide à un pays agressé. La grande faiblesse de l’Union européenne est qu’elle avance dans un ordre dispersé. Les positions des Etats membres divergent. La Hongrie par exemple partage une position très différente sur le conflit.

Les perspectives d’une négociation

Dans le discours officiel, le camp occidental affiche qu’il veux la paix tout en fournissant des armes de guerre de plus en plus lourdes à l’Ukraine. Le message est difficile à comprendre, tant il est paradoxal. Peut-on gagner la paix par la guerre ? Est-ce la seule voie possible pour obtenir la paix ? La vérité c’est qu’il faut affaiblir la Russie dans la perspective de futures négociations. La position russe est similaire : entrer dans les négociations futures en position de force. C’est pourquoi, au 3 avril 2023, la Russie refuse toute négociation. Le résultat est une escalade militaire sur le terrain. Mais un des belligérants peut-il vraiment gagner ?

Si nous partons du principe que personne ne peut gagner cette guerre, un accord équilibré pourrait être le suivant :

  1. La Russie rend le Dombass qui devient un territoire neutre sous l’égide des Nations-Unies
  2. Les populations russophones de l’Ukraine bénéficient d’une protection spéciale des Nations-Unies
  3. L’Ukraine accepte un statut de neutralité (comme la Suisse) mais peut négocier des accords économiques avec ses voisins.

A vrai dire, vu l’escalade en cours, la perspective d’une négociation basée sur l’équilibre entre les intérêts semble s’éloigner progressivement. Il semble que l’issue serait la victoire de l’un ou l’autre camp … Avec les conséquences que l’on devine pour la malheureuse Ukraine …

Quels sont les risques pour l’Europe occidentale d’une poursuite de la guerre ?

Le Président Macron, en parlant du Covid a dit : « Nous sommes en guerre ». Une guerre qui a fortement affaibli l’Europe occidental. En se lançant dans une guerre contre la Russie, guerre qui ne dit pas son nom, l’Europe occidentale prend un très gros risque au moment où elle est affaiblie économiquement, financièrement mais aussi militairement (très dépendante du parapluie américain). L’Europe a-t-elle vraiment les moyens de se lancer dans une guerre (et à quelle fin ?) alors qu’elle est endettée jusqu’au coup et qu’elle est loin de s’être remise de la crise covid ? A l’inverse la Russie s’est admirablement bien sortie des sanctions occidentales. En avril 2023, Le FMI prévoyait même une croissance de l’économie russe.

D’autre part, l’Europe, en vivant une guerre sur son sol, risque de rater la grande transition énergétique en cours au profit de la Chine. Le Forum économique mondial parle de 4ème révolution industrielle. Cela signifie que toute l’attention et l’énergie du continent européen devrait se focaliser sur cette transition. Or, avec la guerre en Ukraine, cette transition passe au second plan.

Dans le passé, la Chine a raté son entrée dans la modernité en passant à côté de la machine à vapeur. C’est ce qui a permis à l’Occident de devancer l’Asie, laissant la Chine loin derrière. Aujourd’hui, la Chine peut prendre sa revanche et elle en est consciente. Dans le jeu en cours, la Chine a tout intérêt à un affaiblissement occidental. Et l’occident joue aussi contre la Chine puisque la technologie occidentale lui est de plus en plus inaccessible. Et entre l’occident et la Chine, la guerre en Ukraine … Nous sommes dans un grand jeu géostratégique avec des enjeux extrêmement importants puisqu’il s’agit de déterminer les futures sphères d’influence dans le monde.

Quid du peuple ukrainien ?

Je vous partage une histoire vécue récemment alors que je me trouvais en Thailande. J’avais rencontré un jeune d’une vingtaine d’années parlant russe. Je lui ai demandé d’où il venait. Il m’a répondu : d’Ukraine. Comme c’était la première fois que je parlais à un ukrainien depuis le début de la guerre, je lui ai posé des questions. Je lui ai demandé si ce n’était pas trop difficile pour lui d’être en Thailande, loin de sa famille. Il a alors commencé à pleurer. Il m’a dit qu’il ne voulait pas prendre les armes. Il ne voulait pas être au front. S’il rentrait en Ukraine, il serait immédiatement mobilisé. Il m’a dit aussi qu’il avait longtemps vécu à Moscou et qu’il connaissait du monde là-bas. En l’écoutant, j’ai alors vraiment pris conscience du traumatisme vécu par le peuple ukrainien. Un peuple pris en tenaille entre l’occident qu’il souhaite rejoindre et l’orient où il a ses racines.

Vers un changement des consciences ?

Durant des milliers d’année, l’humanité a vécu des cycles guerres-paix-guerres. Est-il nécessaire de passer par la guerre pour vivre un cycle de paix ? Lorsque l’on voit des enfants jouer à la guerre dès leur plus jeune âge et y trouver plaisir, on pourrait se demander si la guerre ne fait pas partie de l’ADN humain.

Peut-être qu’un jour une nouvelle conscience se fera jour où ce besoin guerrier cessera et où il sera possible d’évoluer autrement que par le conflit. Reste à espérer qu’un choc à l’échelle mondiale ne soit pas nécessaire pour arriver à ce basculement de la conscience humaine.

En conclusion

Au niveau géopolitique, nous sommes à une période charnière. Nous assistons à un rabattage capital des cartes. Les fondements hérités depuis 1945 sont remis en question, essentiellement par la puissance de la Chine qui peut maintenant rivaliser avec les Etats-Unis, jusqu’ici maître du jeu (notamment la place centrale du dollar dans l’économie mondiale). Toute l’architecture géopolitique est maintenant à l’aube d’un grand changement. Tous les acteurs le savent. On assiste à l’émergence de deux blocs : l’un mené par les Etats-Unis et l’autre par les pays du BRICS. Deux conceptions de l’avenir différence : d’un côté un monde unipolaire sous puissance américaine et de l’autre un monde davantage fondé sur le multilatéralisme.

L’Europe s’est engagée dans une stratégie très risquée qui aura un impact considérable sur sa place dans le monde. Plus le temps passe, plus la guerre justifie la guerre et plus les chances de négocier s’éloignent. Il est en tout cas clair que l’Europe de La Défense est en train de se réveiller, à commencer par l’Allemagne qui a augmenté ses dépenses militaires de manière spectaculaire. Il se peut que l’économie européenne se transforme en économie de guerre, tout comme cela fut le cas pendant la deuxième guerre mondiale.

La population européenne, confrontée à l’incertitude du futur (cas des retraites en France) et à une inflation galopante pourrait siffler la fin de la partie dans l’agenda guerrier. Quid de la Russie ? Face à un affaiblissement généralisé de l’occident (par exemple une crise financière majeure), la Russie pourrait prendre le risque de mener des actions préventives contre l’Europe. Espérons qu’il n’en sera rien.

Comment rester informé correctement ?

Dans cette guerre, on assiste à une multiplication de fake news, d’autant plus facilement que l’intelligence artificielle permet de créer des images et des vidéos qui sont confondues très facilement avec la réalité. Il est essentiel de multiplier ses sources d’informations en se connectant à différentes sources. Comme le dit Alain juillet au début d’une de ses conférences, il est important de diversifier ses sources d’information pour croiser ces informations et les points de vue. Seulement alors il est possible de se forger une opinion personnelle la plus objective possible.

Lorsque je lis des journaux comme Le Monde, Le Figaro, La Libre Belgique, Le Soir (et beaucoup d’autres) et que j’écoute des journaux télévisés sur RTBF, Antenne 2, TF1, BFM TV, LCI, … j’entends des informations qui vont toujours dans le même sens : les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Et lorsqu’un invité veut parler en faveur du méchant, il est vigoureusement remis à sa place par le journaliste. C’est pourquoi je suggère d’écouter aussi d’autres points de vue. Il ne s’agit pas de dire quel media a raison. Il s’agit d’enrichir ses sources d’information pour se construire sa propre opinion.

Voici quelques journalistes et écrivains qui proposent d’autres points de vue : Emmanuel Todd, Michel Collon, Caroline Galacteros, Sud Radio, et beaucoup d’autres à découvrir en prenant le temps d’investiguer.

Dans la lignée du conflit en Ukraine : le conflit entre Israël et le Hamas

Nous sommes le 30 octobre 2023. Il me semble utile d’ajouter un complément à cet article concernant le conflit ukrainien. Le conflit en cours entre Israël et le Hamas répond exactement au même schéma.

Nous assistons à une triangulaire Bourreau / Victime / Sauveur.

Lorsque l’on prend en compte les résolutions des Nations-Unies par rapport à l’occupation des territoires palestiniens, lorsque l’on observe l’extension des colonies en Cisjordanie et le fait que Gaza était devenue une prison à ciel ouvert, nous pouvons considérer dans un premier temps les palestiniens comme des victimes.

Début octobre, le Hamas a tué plus de mille israéliens, faisant alors d’Israël une victime. Israël a alors occupé la bande de Gaza, provoquant des milliers de morts dans l’enclave. Les palestiniens devient à leur tour des victimes.

Et le rôle des uns et des autres tournent dans le triangle.

Si on se réfère aux sources bibliques : Abraham est le Père de la nation juive ET de la nation musulmane. Isaac et Ishmaël pourront-ils un jour se réconcilier ?

Comme pour l’Ukraine, il est essentiel de pouvoir diversifier ses sources d’information pour se forger sa propre opinion. A ce sujet, je renvoie à l’interview de Michel Collon qui est journaliste indépendant.

L’avant et l’après Corona Scénarios possibles pour 2021-2025

Anticiper l’avenir pour mieux se préparer

Depuis plus de 20 ans, je lis assidument la presse politique, financière et économique. Mes lectures touchent à la fois les medias classiques (dits « mainstream ») et les médias alternatifs. Je me considère comme un observateur curieux de ce qui se passe au niveau national et international. Je récolte les faits, je mets en lien mes différentes sources d’informations et je me crée ma propre opinion.

Actuellement, cet exercice est difficile. D’abord parce que le monde est devenu incroyablement complexe car interconnecté. Ensuite parce qu’il est difficile d’identifier les faits face à des informations souvent contradictoires. Enfin parce que le climat émotionnel, amplifié par les médias, brouille une vision raisonnée de la situation.

Une chose est en tout cas certaine : la normalité telle que nous l’avons connue est derrière nous. Le monde actuel est face à des changements de très grande ampleur dont nous ne voyons encore que les prémices. Les défis climatiques, économiques, financiers, technologiques, politiques étaient déjà présents début 2020. Néanmoins, rien n’avait véritablement été mis en place pour y répondre. Une inertie qui, selon les avis des experts, nous conduisait droit dans le mur. Le coronavirus est alors arrivé. Ce fut le détonateur pour forcer le basculement indispensable attendu depuis des années par les hommes et les femmes les plus conscients de la situation.

Le coronavirus, c’est ce fameux « cygne noir » de Nassim Nicholas Taleb. Il est devenu cygne noir non pas parce qu’il menaçait la survie de l’humanité (il a causé la mort de moins de 0,0008 % de la population mondiale) mais parce qu’il est apparu à un moment où le système actuel était à l’agonie.

Il est devenu le battement d’aile du papillon qui, depuis Wuhan en Chine, a provoqué un tremblement de terre qui s’est étendu partout sur la planète. Et l’étendue des dégâts et son impact sur notre futur sont encore inconnus. Nous avançons dans l’incertitude la plus complète.

Lorsque le battement d’aile du papillon peut tout changer.

Pourquoi cet article ?

Anticiper c’est prévoir et donc se préparer. Même si cet exercice peut sembler prématuré, essayons de mettre en lumière ce qui peut l’être. Cet article est constitué de trois parties. Tout d’abord, je fais le point sur la situation mondiale avant le coronavirus avec quelques schémas et chiffres à l’appui. Ensuite, j’essaye de dessiner quelques pistes pour le futur. Enfin, je tente de répondre à cette question : comment, individuellement et collectivement, pouvons-nous nous préparer aux changements à venir ?

Le monde avant le coronavirus

Lorsque nous regardons le monde sous différents angles, nous pouvons observer les déséquilibres qui existaient avant 2020.

Au niveau démographique d’abord

Evolution de la population mondiale depuis l’an 1000

A partir du début du 19ème siècle, nous observons une croissance de la démographie inédite dans l’histoire humaine. Nous pouvons l’expliquer entre autre par le démarrage et la montée en puissance de l’industrialisation. Aujourd’hui (2021), la population mondiale est évaluée à plus de 7,7 milliards. Au rythme actuel, elle pourrait atteindre 10 milliards en 2050. Est-ce vraiment soutenable au niveau des ressources disponibles de la planète ? Voir le rapport Meadows à ce sujet …

Nous assistons à un double mouvement : une baisse de la démographie dans les pays riches et une hausse très importante dans les pays pauvres. Cette hausse dans les pays pauvres peut s’expliquer d’une part par l’absence de politique contraceptive et aussi par le fait que les enfants permettent d’assurer la survie de leurs parents. La première cause de l’explosion démographique serait donc la pauvreté.

Rapport d’Oxfam de 2015 : 80 personnes dans le monde sont plus riches que 50% de la population

Ce graphique montre bien l’important déséquilibre existant entre les plus riches et le reste du monde. Il est important de noter que la crise de 2008 et l’afflux sans précédent d’argent utilisé par les pouvoirs publics pour renflouer les banques ont paradoxalement accéléré ce déséquilibre. La crise sanitaire a paradoxalement renforcé cette tendance. Les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres. Quant à la classe moyenne, elle se réduit comme une peau de chagrin.

Une facture trouvée sur une table de restaurant à St Tropez, France.

Tout cet argent public n’a pas aidé l’économie réelle mais l’économie virtuelle (Wall Street, CAC 40, Bel20, …). L’économie réelle est composée des petites et moyennes entreprises qui créent de la richesse et emploient des gens ; c’est le citoyen qui travaille, qui paye ses impôts et qui finance l’entretien des routes. La crise du coronavirus a mis en évidence l’importance de l’économie réelle. Pour manger, il faut des cultivateurs, des transporteurs, des chaînes de distribution. Sans nourriture, l’édifice sociétal s’écroule, c’est une question de survie. Wall Street n’est pas un marché de fruits et légumes mais un marché d’actions qui ne se mangent pas.

Au niveau économique

Nous entrons ici au coeur du système capitaliste. Le capital prête les fonds à des entreprises pour fabriquer des produits de consommation. Cette production permet de faire travailler des personnes et de les rémunérer. Avec l’argent reçu de leur travail, les personnes achètent les produits de consommation. Plus la production augmente, plus le capital augmente ses bénéfices et mieux l’emploi se porte. Nous sommes dans une dynamique de mouvement et donc de croissance, ce qui a permis de faire sortir de la pauvreté une partie importante de la population mondiale.

Pour garantir cette croissance, il a fallu mettre en place différents mécanismes.

Tout d’abord l’obsolescence programmée : il s’agit de « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement » (wikipedia).

Imaginons que j’achète des sandales. Celles-ci sont si solides, si bien faites qu’elles durent au moins dix ans. Cela signifie que je n’ai nul besoin d’acheter de nouvelles sandales avant dix ans. Conséquences : la production de sandales stagne, les besoins en main d’oeuvre n’évoluent pas, le capital n’engrange plus de bénéfices. L’entreprise va donc fabriquer des sandales qui s’usent plus vite. Ce qui est vrai pour les sandales est vrai pour les vêtements, les machines, les voitures, … Je me rappelle de mon père qui vantait les chemises très solides fabriquées dans les années 50 (et qui ont disparu). Les voitures mercedes bien entretenues pouvaient rouler jusqu’à 1 million de kms.

Voici l’exemple d’une lampe plus que centenaire.

Cette ampoule brille depuis l’époque de Thomas Edison lui-même, dans une caserne de pompiers en Californie depuis 1901. Depuis son installation, elle n’a été éteinte que pendant une semaine en tout. Une caméra retransmet en direct sur Internet les images de cette ampoule, pour prouver qu’elle est toujours allumée, même si personne ne sait comment son filament continue de briller.

Il y a plusieurs années, des actions en justice ont été lancées pour dénoncer cette obsolescence programmée par les fabricants d’imprimantes. Et pourtant, rien ne change véritablement. Pourquoi ? Parce que des priorités comme l’emploi et la « croissance » sont mises en avant.

Un autre moyen d’assurer la production est la création de nouveaux besoins. Il s’agit de persuader les gens qu’ils seront plus heureux s’ils consomment tel produit. La publicité, les films, les medias en général agissent donc sur la psychologie humaine, souvent de manière très subtile. Des vedettes de télévision, du sport, de la chanson, … (les influenceurs) sont payées grassement pour promouvoir tel ou tel produit. Les mécanismes de persuasion sont basés sur des études très avancées de la psychologie humaine. Par exemple, connecter avec le besoin d’appartenance. Les adolescents sont très influencés par ce besoin. Posséder le dernier iphone comme les copains devient un signe d’appartenance au groupe. Noam CHOMSKY a bien mis en évidence les techniques psychologiques très poussées utilisées par les grands medias de plus en plus financés et donc manoeuvrés par le monde économique et financier.

Et maintenant ?

Le capitalisme arrive maintenant au bout de sa logique. Conçu pour accroître la qualité de vie, il menace maintenant la vie elle-même. Il épuise à la fois les ressources naturelles de la planète (il prend plus que ce qu’il donne) et il crée un sur-stress dans la population (burn-out, dépression, cancers, …) : produire toujours plus en réduisant les coûts. Il est devenu le véritable virus qui pousse l’humanité à sa propre disparition.

Voyons les chiffres :

A partir des années 70, l’empreinte écologique de l’homme surpasse les capacités de la terre. En clair, l’homme prend plus que ce que la terre est capable de donner. D’où un déséquilibre qui va en s’accélérant.

Dans un article paru dans le Nouvel Economiste, Jeremy Rifkin soulignait que l’espèce humaine était une des espèces les plus récentes sur la planète. Les habitants présents sur terre ne représentent que 0,5% de la biomasse, mais ils consomment 31% de la production nette de photosynthèse, ce qui signifie que nous favorisons la disparition d’autres espèces. Ce n’est pas soutenable, d’autant plus que nous sommes nous aussi menacés.

D’où le réveil de jeunes, comme Greta Thunberg, qui tirent la sonnette d’alarme. Beaucoup de jeunes ont aussi abandonné l’idée d’avoir des enfants. La jeune génération prend conscience qu’elle va hériter de cette planète et de son passif.

Comment en est-on arrivé là ?

Conçu comme un moteur d’évolution, le capitalisme est devenu l’otage d’une élite mue par des intérêts égoïstes. « Le capitalisme crève car il ne partage pas » disait l’Abbé Pierre. On observe un décalage croissant entre une économie virtuelle déconnectée de la vie réelle (marché des actions, hedge funds, …) et une économie réelle qui fonctionne avec les petites mains (cultiver, entretenir les routes, ….). L’écart entre riches et pauvres n’a cessé de s’accroître, surtout après la crise financière de 2008.

Il n’est pas question ici de pointer les coupables et les victimes mais de reconnaître notre responsabilité collective dans ce processus. La solution n’appartient pas à quelques-uns. Elle ne peut être que collective ou ne sera pas. Peut-être le basculement interviendra-t-il lorsqu’un pourcentage suffisant de la population changera ses priorités de vie (théorie du 100ème singe). Le basculement pourrait aussi intervenir juste par ce que nous avons atteint une limite. Au-delà de cette limite, continuer sans rien changer s’apparentrait à un véritable suicide collectif.

Au niveau financier

Avant la crise, les banques centrales ont injecté des milliers de milliards pour maintenir le système à flot. Il faut être aveugle pour voir que le malade, en état de mort imminente, ne vit encore que sous perfusion financière. Des experts indépendants comme Charles Gave (Institut des libertés) ou Charles Sannat (Insolentiae) partagent régulièrement des vidéos et des articles sur la situation. L’afflux massif d’argent gratuit pour maintenir un système agonisant aboutira certainement à une crise financière majeure dans les années à venir.

Voici une vidéo de Charles Gave.

Le cycle naissance, vie, mort, renaissance

La nature suit un cycle toujours identique à l’image des saisons : la nature naît au printemps, elle vit pleinement durant l’été, elle meurt (hiberne) en hiver et puis le printemps revient. Le corps humain suit un cycle similaire. Idem pour l’histoire. Naissance de Rome, montée en puissance jusqu’à constituer un empire, décadence, écroulement puis reconstruction d’un autre monde sur ses ruines.

Ce qui diffère actuellement par rapport à l' »avant », c’est la rapidité du cycle. Les changements anciens se dessinaient sur plusieurs générations. Aujourd’hui, un changement majeur similaire à la première révolution industrielle pourrait se dérouler sur la durée d’une vie humaine. Nous sommes dans une période de l’histoire humaine où la circulation des informations et des échanges s’est accéléré de manière exponentielle avec les nouvelles technologies. Nous vivons une accélération du temps qu’il nous faut gérer et c’est sans doute le point le plus délicat. Même les ordinateurs arrivent à une étape de passage entre le Bit et le Qbit (ordinateur quantique).

Essayons d’esquisser quelques scénarios possible sur le moyen terme (2020-2025) et faisons le pari, que, après le chaos, l’humanité transitera vers un monde 2.0 plus paisible, plus égalitaire, plus harmonieux.

Le monde après le coronavirus

Nous connaissons le monde que nous quittons mais nous ignorons où nous allons. Un peu à l’image de Christophe Colomb qui partit en exploration sans savoir vraiment ce qu’il allait découvrir (le « nouveau monde »). Pour anticiper le futur, aucun modèle n’existe pour nous inspirer. Aucune théorie existante ne nous permet de dire avec précision où nous serons dans 10 ans. Nous faisons face à l’incertitude et donc à une multitude de choix.

Si l’humanité est effectivement à un carrefour « quantique », nous faisons maintenant face à un ensemble de possibles (potentialités). Nous approchons d’un « point zéro » (peut-être le point chaos maximal) où des choix importants devront être faits. Ces choix créeront une nouvelle réalité « alpha » où la loi de cause à effet s’enclenchera. Ces choix ne viendront pas de l’extérieur (bye bye les sauveurs extraterrestres) mais de la population humaine elle-même.

A quel niveau mettons-nous les choix à faire ? Le niveau le plus haut se situe certainement au niveau des valeurs. Si les choix sont basés sur l’égoïsme, la division et le déni des réalités, ils créeront des effets d’égoïsme, de division et de déni. Si ces choix sont basés sur des valeurs d’altruisme, de solidarité, de responsabilité, la probabilité d’un monde paisible et harmonieux augmentera significativement. Il se peut aussi que l’humanité se divise entre deux potentialités différentes. Chacun devra alors se positionner par rapport à l’une ou l’autre potentialité. A ce sujet, il est intéressant de constater à quel point la crise du coronavirus a polarisé la population en deux camps : masque / anti-masque, vaccinés / non vaccinés, 5 G / anti-5G, …

Le refus du changement

Dans ce mouvement du monde vers l’avant, il existe un obstacle formidable : le refus du changement. Certains trouvaient leurs intérêts dans le monde d’avant 2020. Leurs efforts se porteront sur un retour à la « normalité » (le monde qu’ils connaissaient). D’autres souhaiteront aussi le « retour au monde d’avant » par crainte de l’inconnu. L’humain préfère souvent une souffrance connue qu’un bonheur inconnu. L’incertain est source de stress et d’inquiétude. Néanmoins, il faudra accepter qu’un retour en arrière n’est pas possible. Refuser cette évidence deviendra une source de souffrance.

Tout changement se heurte aussi à des croyances bien établies. On l’a vu avec Galilée qui fut condamné parce qu’il avait osé dire que la terre tournait autour du soleil et pas l’inverse. Les « Galilées » sont légions dans l’histoire humaine, y compris à l’heure actuelle (on les traite trop facilement de « complotistes »). Dans ce nouveau chapitre de l’humanité, certains vont se baser sur de vieilles théories, de vieux dogmes, de vieilles recettes pour proposer des solutions. Or les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Le procès de Galilée

Le changement de l’économie mondiale est aussi freiné par des obstacles juridiques puissants : la propriété intellectuelle. Les grandes firmes achètent ou déposent des brevets et ne les utilisent pas, le plus souvent pour conserver un monopole. La connaissance ne circule pas et cela bloque l’émergence de nouvelles solutions écologiques, énergétiques ou sanitaires. Imaginons qu’un ingénieur invente une voiture à eau. Une telle invention serait une menace pour les producteurs de pétrole et toute la chaine industrielle qui en dépend. Les lobbies pétroliers rachèteront ces inventions à prix d’or ou trouveront des moyens alternatifs pour faire barrage.

Le changement forcé

Si nous avions une marge de choix face au changement ou au non changement, il semble que la crise du coronavirus n’en laisse maintenant plus aucune. Comme l’a déclaré l’ancien premier ministre français Edouard Philippe au début du confinement :

La crise va provoquer un effet domino auquel il faut se préparer. Les changements ne vont plus porter sur la façade de la maison, ils vont porter sur sa structure même.

La solution aux problèmes de l’humanité ne peut plus être de reboucher les trous de la voirie (solution conjoncturelle) comme nous l’avons fait depuis une décennie. Il s’agit de changer complètement la voirie (solution structurelle). Et il semble que nous en prenions le chemin, non par choix mais par obligation.

Evolution de l’emploi dans les années à venir

L’emploi est certainement le domaine qui va être le plus impacté par les changements structurels majeurs qui s’annoncent.

Licenciements massifs suite à des faillites en série : avant la crise sanitaire, de nombreuses entreprises ne survivaient déjà que sous perfusion financière. Ces entreprises seront les premières à fermer. Voici un article de boursorama du 20 août 2020 qui donne un aperçu de la situation actuelle. Voir aussi la prévision du bureau MacKinsey qui prévoit que 50% des PME vont faire faillite).

De très grosses entreprises comme AIRBUS vont devoir réduire leurs activités, ce qui aura un impact direct sur un très grand nombre de petites sociétés fournisseurs (effets collatéraux). Voir cet article sur la situation gravissime des compagnies aériennes.

L’écroulement du tourisme va mettre à genou une grosse partie de la population de pays pauvre qui vivait des devises étrangères ainsi que tout un pan de l’industrie hotelière. D’où des flux de migrations économiques de plus en plus intenses, comme on l’a vu sur les côtes italiennes ou grecques et maintenant sur les côtes canariennes.

Pensons aussi à tous ces emplois de l' »économie grise », ces emplois souvent peu rémunérés et non déclarés. Les sommes immenses distribuées par les états depuis mars 2020 pour soutenir les secteurs en crise ne bénéficient pas « aux petits bras » qui avaient un travail au noir pour payer leurs études ou subvenir aux besoins de leur famille.

Ecroulement de l’emploi dans les secteurs qui peuvent être robotisés : ce phénomène était déjà perceptible, par exemple les caissières des grands magasins qui sont progressivement remplacées par des machines. Bientôt, les caissières ne seront même plus nécessaires, à l’image de ce magasin :

La crise va certainement être l’occasion pour un grand nombre d’entreprises de service de digitaliser tout ce qui peut l’être. Avec l’extension du télétravail, Celles-ci recruteront de la main d’oeuvre qualifiée dans les pays à faibles revenus, sans que cette main d’oeuvre ait besoin d’immigrer. Les informaticiens des pays occidentaux, jusqu’à présent préservés par la crise, seront progressivement mis en concurrence avec des informaticiens à salaire moins élevé.

La révolution robotique va s’accélérer en touchant des secteurs jusqu’ici épargnés :

D’autres métiers seront touchés par le tsunami technologique :

  1. Le métier de médecin va changer assez rapidement. Le médecin deviendra de plus en plus un médiateur entre la machine et l’humain, la machine posant des diagnostics avec une marge d’erreur beaucoup plus faible.
  2. Les traducteurs seront au chômage d’ici moins de dix ans. Il suffit déjà de constater l’efficacité du traducteur en ligne gratuit deepl ou de la nouvelle application chatGPT.
  3. Les décisions importantes en entreprise seront prises davantage par des machines que par des décideurs humains.
  4. Révolution dans le secteur du transport avec la généralisation de la conduite autonome. Et progressivement, la voiture, le bus, le camion, le train, l’avion, … sans conducteurs.

Dans son livre, « la fin du travail« , Jeremy Rifkin avait déjà anticipé l’impact de la révolution technologique sur les emplois. Le revenu universel, déjà testé dans des pays comme la Finlande, devrait un jour remplacer ce qu’on appelait « le chômage à durée indéterminée ». Avec à la clé, la disparition progressive du cash.

Accélération du télétravail : ce phénomène existait déjà mais va aller en s’amplifiant. On parle maintenant de travail « hybride » mêlant présentiel et virtuel. Ceci aura un impact majeur sur la gestion de l’espace et du temps dans les organisations mais aussi sur le recrutement (le choix sera plus vaste). La relation vie privée / vie professionnelle devra être redéfinie. La vie familiale devra se réorganiser autour d’une nouvelle réalité.

Effets collatéraux de l’amplification du télétravail : fermeture de restaurants à proximité des lieux de travail habituels, déménagement de télétravailleurs hors des villes, utilisation moindre de la voiture et de l’avion, amplification du phénomène « digital nomads« .

Quels sont les nouveaux emplois qui vont être créés ?

Nous ne pouvons encore identifier clairement les emplois qui émergeront dans un futur proche et c’est bien le problème … Ce dont on peut être sûr c’est qu’ils seront reliés aux nouvelles technologies, s’intégrant dans une nouvelle forme de relation « humain-machine ».

Les écoles continuent à former les élèves à des compétences qui deviendront obsolètes d’ici 10 ans … Ceci est reconnu par la plupart des grandes écoles. D’où la nécessité de former à des compétences qui dureront dans le temps (soft skills).

Il est fort probable que de très nombreux emplois seront créés pour décarboner l’économie. La transition du pétrole vers des énergies plus écologiques sera certainement le moteur numéro 1 de l’emploi dans l’ère à venir. Voici un exemple en Belgique. En Allemagne, nous assistons dès à présent à la mise en place de nouveaux trains fonctionnant à l’hydrogène.

L’emploi salarié passera certainement en second plan par rapport à l’emploi indépendant (auto-entrepreneur). La tension entre les deux modèles est actuellement visible (bataille juridique acharnée dans plusieurs pays concernant le statut des chauffeurs Uber). Le statut juridique du professionnel devra en tout cas évoluer pour correspondre au nouveau modèle de société basé sur la connaissance (voir infra). Il se peut qu’un nouveau statut professionnel se dessine, hybride entre l’emploi salarié et l’emploi indépendant, incluant peut-être un revenu universel de base.

Trop de travail ou pas assez …

Actuellement, on assiste à une polarisation dans la société : certains ont trop de travail (allant jusqu’au burnout) et d’autres pas assez ou pas du tout (chômage de longue durée avec sentiment d’inutilité) …

Examinons les deux volets de cette polarisation.

Le trop de travail est lié à la diminution des effectifs pour des raisons budgétaires mais aussi par l’accélération de la digitalisation. Nous sommes dans une période d’ajustement dans la relation entre l’homme et la machine. C’est pourquoi la place des technologies dans le monde du travail devra être clairement redéfinie. Idéalement, la technologie devrait avoir pour fonction de libérer l’homme des tâches ingrates et difficiles. Cela lui donnerait ainsi plus de temps pour créer, se détendre, prendre soin de ses proches, … Or, on constate qu’il y a de plus en plus de stress dans le monde du travail … La technologie, au contraire de l’humain, n’a pas besoin de vacances et ne tombe pas malade … Un déséquilibre qu’il faudra gérer rapidement dans les organisations. A défaut, le prix à payer en terme de maladies physiques et psychiques sera considérable.

Le chômage d’aujourd’hui est lié essentiellement à la digitalisation accélérée et à la disparition de métiers qui généraient beaucoup d’emploi (remplacement par des machines). La gestion du temps libre deviendra un point de plus en plus important dans le futur. Jeremy Rifkin avait mis en garde sur les aspects psychologiques de ce changement dans nos vies : « Le remplacement généralisé du labeur humain par celui des machines laisse la masse des travailleurs privée d’identité, sans plus aucune fonction sociétale. » ( p. 313 de son livre « la fin du travail« ). Quand Adam et Eve ont dû quitter le paradis terrestre, Dieu a dit à Adam : « tu travailleras à la sueur de ton front ». Ce message est profondément ancré dans la psyché humaine. Sans leur travail, beaucoup ne trouvent plus de sens à leur vie tant ils y sont identifiés. Voyez aussi cet article d’un anthropologue américain parlant de l’inutilité de la plus grande partie de notre travail.

Le travail ne disparaitra mais il occupera une place fondamentalement différente dans nos vies. Le « travail » tel qu’il est vu aujourd’hui pourrait devenir progressivement un temps au service du collectif. Nous pourrions idéalement arriver à un stade où les bénéfices de la technologie seront répartis équitablement au sein de la société humaine et où chacun oeuvrera selon ses désirs et aspirations. L’homme, par nature, n’est jamais inactif. Dans une liberté respectueuse de son environnement, il pourra vraiment déployer sa créativité. Le revenu universel pourrait aider en ce sens en sécurisant les besoins vitaux (nourriture et toit).

La question se pose aussi sur l’avenir des « laisser pour compte » des nouvelles technologies soit pour des raisons financières soit par manque de formation.

Une nouvelle société fondée sur la connaissance

Jeremy Rifkin parle de troisème révolution industrielle. La société transite vers un monde de la connaissance. La technologie assurera la production des marchandises et des services et l’humain pourra se concentrer sur la connaissance. A l’heure actuelle, c’est sur internet que se construit cette société de la connaissance. L’accumulation des informations et sa vitesse de circulation est exponentielle. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une véritable guerre invisible se joue actuellement pour le contrôle d’internet.

Les effets collatéraux d’un monde basé sur l’information

La protection des données personnelles est une question d’actualité. Elle le sera encore davantage à l’avenir. La protection des droits de l’homme sera mise en avant comme barrage aux abus possibles du contrôle des données personnelles. Qui utilise(ra) ces données et à quelle(s) fin(s) ?

Dans les réseaux sociaux, beaucoup redoutent une restriction de nos libertés sur le long terme au nom de la protection sanitaire de la population. Après les attentats du 11 septembre 2001, des lois d’exception ont été adoptées en lien avec la lutte contre le terrorisme. Ces lois sont toujours d’actualité, 15 ans plus tard. L’état d’exception est devenu la normalité, avec tout ce que cela implique sur le contrôle de nos données personnelles. Comme l’a dit Yuval Noah Harari dans un interview au Financial Times le 20 mars 2020 :

« De nombreuses mesures d’urgence à court terme vont devenir un incontournable. Telle est la nature des urgences. Elles accélèrent les processus historiques. Des décisions qui, en temps normal, pourraient prendre des années de délibération, sont prises en quelques heures. Des technologies immatures et même dangereuses sont mises en service sous pression, car les risques de ne rien faire sont plus grands. Des pays entiers servent de cobayes dans des expériences sociales à grande échelle. (…) En temps normal, les gouvernements, les entreprises et les conseils d’administration des établissements d’enseignement n’accepteraient jamais de mener de telles expériences. (…) Les mesures prises dans l’urgence ont la mauvaise habitude de rester en place même après l’urgence, d’autant qu’il y a toujours de nouvelles menaces«  (traduit avec DeepL).

La question de la discrimination des informations est un enjeu majeur pour cette nouvelle société d’information en émergence. Quelle information est vraie ? quelle information est fausse ? A qui se fier ? Voir à ce sujet la saga Fact & Furious. Lorsque l’on connait l’importance de l’information pour guider les choix de la population dans une société démocratique, la question de la véracité des faits est fondamentale.

Examinons d’autres scénarios possibles pour le futur

La démondialisation engagée par le Président américain Donal Trump avant la crise va aller en s’accélérant. La crise financière et économique va certainement entrainer un « repli sur soi » des états. On a déjà perçu clairement ce phénomène du repli sur soi en mars 2020 lorsque les états européens ont fermé unilatéralement leurs frontières sans concertation avec leurs voisins.

La crise sanitaire a provoqué une prise de conscience sur la dépendance occidentale aux produits asiatiques, surtout chinois (fiasco occidental des masques). Cela impliquera certainement le rapatriement de nombreuses firmes stratégiques en occident. Malheureusement, l’impact positif en terme d’emploi sera limité avec la robotisation.

Le frein brutal du tourisme va plonger dans la pauvreté de nombreux pays dépendants de ce secteur. Pensons à ces millions de personnes qui vivaient de petits services rendus aux touristes (taxis, tchouk-tchouks, ….).

La rupture des chaînes d’approvisionnement va geler une partie très importante de l’économie mondiale. Une reprise rapide des activités prendra sans doute des années. En attendant, nous assisteront à une envolée du prix des matières premières, des retards importants dans la livraison des pièces pour la construction des voitures, des machines, des ordinateurs, … L’effet domino touchera tous les secteurs industriels dans ce monde hyperconnecté.

Les structures étatiques, trop lourdes, trop complexes, montrent leur incapacité à gérer la crise sanitaire. En clair, ces structures dont les bases remontent souvent à plusieurs siècles (même si elles ont un peu évolué) seront de plus en plus inaptes à répondre aux défis actuels qui nécessitent rapidité et flexibilité. L’avenir appartient au local comme le dit très bien cet article.

Le climat de peur, entretenu par un grand nombre de medias, provoque un réflexe sécuritaire qui peut se répercuter à deux niveaux au moins : la santé et l’armement. Les complexes pharmaceutiques et militaro-industriels peuvent profiter du climat anxiogène pour influencer les états et engranger des sommes colossales d’argent. Un risque réel existe que ces très grandes sociétés, guidées par le gain et un agenda personnel, prennent en otage des états affaiblis. La population est aussi à risque sous l’impact des techniques très avancées d’ingénierie sociale.

Les restrictions des libertés individuelles qui se prolongeraient dans le temps, au nom de la crise sanitaire minent les fondations de la démocratie et pourraient mener à des dérives dictatoriales au nom de la « protection des populations ». Ces restrictions pourraient pousser de plus en plus la population à la désobéissance civile.

Risquons-nous à des pronostics dans d’autres domaines :

  1. Un nombre très important de faillites poussent les états encore plus loin dans l’endettement (aide aux entreprises et baisse des recettes fiscales). La génération future sera-t-elle liée à vie au remboursement de cette dette ? Certains parlent d’un grand « reset« , sans savoir exactement ce qu’il impliquera …
  2. Si un grand nombre d’entreprises disparaissent, cela veut dire que, lorsque la demande reprendra, l’offre sera très diminuée, d’où une augmentation des prix très importante (déflation suivie d’une hyperinflation).
  3. Les sociétés qui ont investi dans l’intelligence artificielle vont connaître un développement considérable. Avis aux investisseurs.
  4. Suite au Brexit, Londres voudra devenir un nouveau paradis fiscal, ce qui pourrait siphonner les capitaux européens. La réaction du continent risque d’être violente.
  5. Explosion du cours de l’or vu l’instabilité des monnaies et l’incertitude économique. Si l’or monte trop haut, il se peut que des états suspendent la convertibilité de l’or dans leur monnaie.
  6. Exposition du prix des matières premières dont l’extraction a été fortement ralentie durant la crise sanitaire.
  7. Le pic pétrole est dépassé, décision de quitter l’énergie carbonée; l’émergence d’énergies alternatives se prépare en coulisse.
  8. Emergence de nouveaux traitements dans le secteur médical notamment pour le cancer et d’autres maladies incurables jusqu’à présent. Développement des robots chirurgiens.
  9. Profonde modification du monde de l’enseignement qui se montre de plus en plus inadapté à répondre aux besoins de la nouveau monde en émergences. Il se peut que des collectifs de parents enseignants se mettent en place dans la transition.
  10. Création de communautés locales comme elles existent déjà de manière virtuelle sur les réseaux sociaux. Des personnes avec des intérêts et valeurs communes se regroupent pour développer de nouvelles manières de vivre, en marge des grandes villes et de leur fonctionnement marchand.
  11. L’état n’aura plus les moyens financiers (et sans doute les compétences) pour gérer les problèmes locaux. Des collectifs citoyens devront se mettre en place pour compenser l’inactivité des états. Pour ceux qui feront ce choix, cela pourrait donner un nouveau sens à leur vie dans une société en chômage massif.
  12. De nouveaux besoins apparaissent. Ceux qui pourront faire preuve de flexibilité et d’adaptation (par exemple dans l’apprentissage des nouvelles compétences de la nouvelle société) pourront en tirer de larges bénéfices. Ceux qui s’accrocheront au passé resteront à quai …
  13. L’union européenne en tant que telle n’est plus viable économiquement (trop de déséquilibres entre les économies du nord et du sud). Certains pays quitteront l’union européenne. Une nouvelle configuration avec de nouveaux objectifs plus ambitieux se mettra en place (certainement sous la direction de l’Allemagne).
  14. Les changements climatiques devraient aller en s’amplifiant. Il sera certainement démontré un jour que ces changements ne sont pas dûs principalement aux actions humaines mais à des phénomènes terrestres cycliques de grande ampleur. Il en résultera une immigration climatique qui dépassera de très loin l’immigration économique actuelle. Cela aboutira à un grand mélange des populations.
  15. L’axe Russie-Chine attend son heure pour proposer (imposer) une alternative au dollar dans les échanges internationaux. Cela pourrait aboutir à une refonte majeure du système financier mondial.
  16. Dans la transition, le retour au local (à la décision locale) s’avèrera essentielle pour assurer les besoins vitaux de la population. L’état, l’identité nationale telle qu’on l’entend actuellement, disparaîtra au profit d’une nouvelle configuration basée sur des communautés d’intérêts.
  17. Développement de l’économie circulaire avec 0 déchet.

Le transhumanisme est aussi une question délicate sur laquelle chacun devra se positionner dans l’avenir (voir à ce sujet la conférence donnée par Philippe Bobola). Il s’agit d’un courant de pensée selon lequel les capacités physiques et intellectuelles de l’être humain pourraient être accrues grâce au progrès scientifique et technique (cf. Être humain augmenté). Le film de 1997 « bienvenue à Gattaca » illustre bien le sujet. L’introduction d’un passeport vaccinal lié à la Covid-19 pourrait ouvrir une boîte de pandore à ce niveau, ce passeport devenant progressivement un support d’identification des données biologiques du porteur.

L’émergence du nouveau (la révolution d’en bas)

En dépi d’un avenir qui pourrait paraître sombre, des initiatives novatrices existent pour révolutionner la société dans un sens plus égalitaire et juste. Elles n’ont pas vraiment été mises en lumière par les médias. Celles-ci devraient progressivement devenir plus visibles vu le besoin de trouver de nouveaux modèles. Voir à ce sujet le film « Demain« .

Un exemple récent d’initiative citoyenne en Allemagne : une commission d’enquête citoyenne sur la crise sanitaire a été mise en place pour pallier l’immobilisme de l’état. Ce phénomène devrait s’amplifier. De nombreux professionnels ont pris acte de l’inefficacité étatique et commencent à prendre la main.

Individuellement, comment se préparer à la période qui vient ?

Garder l’équilibre dans la tempête

La crise du coronavirus a été comme un tsunami qui a submergé l’humanité entière. Toutefois, la vague ne s’est pas encore totalement retirée et nous ne pouvons encore évaluer l’étendue des dégâts. L’effet domino sur l’économie, l’emploi, les finances, la psychologie humaine n’est pas encore visible. Nous ne sommes qu’à l’aube de très grands bouleversements qui nous affecteront tous dans notre réalité individuelle et collective. Il s’agira dès lors de gérer adéquatement ses émotions, de trouver des espaces de paix et de ressourcement dans son quotidien, de demander de l’aide si besoin. (voir le power point de ma conférence « Rester calme dans un monde en changement« ).

J’observe beaucoup d’émotions autour de moi, surtout la tristesse ou la colère. Indépendamment des facteurs individuels, quel sens donner à ces émotions qui touchent une bonne partie du collectif humain ? La courbe du changement de Kubler Ross permet de mieux comprendre ce phénomène. Lorsque l’on quitte un territoire connu pour aller vers un territoire inconnu, il y a un sentiment de perte, même si ce territoire connu n’était pas satisfaisant. Il y a un deuil à faire. Or, c’est en laissant partir l’ancien, en accueillant l’émotion qui l’accompagne, que l’on peut vraiment aller vers le nouveau. La mort (réel ou symbolique) étant encore un tabou dans notre société moderne, ce cycle est encore mal compris.

Source

Depuis janvier 2021, les campagnes de vaccination ont commencé. La presse commence à parler de la sortie du confinement et du stress post traumatique qui pourrait suivre. Ce sujet méritera une vigilance particulière, surtout vis-vis des jeunes et des personnes fragilisées par le confinement. Lire cet excellent article de Boris Cyrulnick.

Donner un nouveau sens à sa vie

Les repères extérieurs habituels disparaissant, beaucoup de personnes vont se retrouver perdues. Pierre Rabhi parle de « crise initiatique » à un niveau individuel et collectif. Ceux qui feront le choix du changement tourneront leur regard à l’intérieur pour trouver des réponses qui ne seront plus accessibles à l’extérieur (« si tu ne peux aller à l’extérieur, va à l’intérieur »). On assistera probablement à l’émergence d’une nouvelle spiritualité plus respectueuse de la nature et des humains. Cette quête du renouveau est déjà perceptible parmi la jeune génération.

Le concept de résilience n’a sans doute jamais été autant d’actualité qu’à l’heure actuelle.

Certaines lectures peuvent nourrir cette quête, comme par exemple « Le pouvoir du moment présent » d’Eckart Tollé (traduits en plusieurs langues). Je publierai un article reprenant quelques ouvrages utiles pour les personnes en recherche.

Veillez sur sa santé, surtout émotionnelle

La peur est certainement l’émotion la plus répandue à l’heure actuelle. Les médias nous bombardent avec des informations anxiogènes en continu et attisent ce type d’émotion.

La peur existe initialement pour nous protéger d’un danger concret et immédiat. Par contre, lorsque la peur se déconnecte de la réalité, des faits, elle se mentalisme. Elle nous fait imaginer le pire. Elle nous pousse à amplifier le danger et à adopter des comportements qui ne sont pas proportionnels aux risques réels. Voir à ce sujet la vidéo d’Isabelle Padovani.

En ce qui concerne la santé physique, des sites alternatifs mettent en évidence l’importance de notre système immunitaire pour faire face aux maladies. Le système immunitaire humain s’est développé durant des temps immémoriaux pour résister à de nombreux virus, bactéries et microbes divers. Mettre en avant uniquement un remède extérieur comme protection en faisant abstraction de l’oeuvre de la nature durant des centaines de milliers d’années laisse dubitatif. Il y a une arrogance à dénoncer. Le renforcement du système immunitaire se fait par une bonne alimentation, une bonne hygiène de vie, un sommeil réparateur, … Pasteur, pionnier de la microbiologie et inventeur de plusieurs vaccins, n’a-t-il pas dit à la fin de sa vie « le microbe n’est rien. Le terrain est tout » ?

Développer son autonomie

L’époque actuelle sonne sans aucun le glas d’une société patriarcale où « Papa » (l’état) avait l’habitude de tout prendre en charge (moyennant des contreparties parfois élevées). Nous sommes arrivés à un point où « Papa » n’a plus ni les moyens financiers ni les compétences pour guider les populations vers un changement de paradigme. Les mois ou les années qui viennent confirmeront sans aucun doute cette réalité.

Il s’agit donc de développer une nouvelle autonomie où chacun se prend véritablement en charge dans la mesure de ses capacités. Devenir autonome c’est éviter l’endettement, c’est prendre l’initiative de développer de nouvelles compétences, c’est suivre une bonne hygiène de vie pour éviter de tomber malade, c’est cultiver son propre jardin quand c’est possible, c’est apprendre à discriminer les informations reçues en faisant ses propres recherches, … L’humain est appelé à devenir de plus en plus acteur conscient et responsable.

Un article du journal L’Echo du 24 décembre citait un professionnel : “Engager des gens autonomes qui savent travailler et prendre des décisions par eux-mêmes. Sinon, on est obligé de mettre du management partout.”

La mentalité du « salarié » qui applique sagement les directions venues d’en haut devra donc changer pour s’adapter à un nouveau management de nature horizontale et non plus verticales.

Quant au statut d’indépendant, il devrait prendre de l’ampleur, comme le montre déjà les chiffres en Belgique depuis plusieurs années.

Oser être plus créatif

La créativité peut s’exercer de plusieurs manières suivant la personnalité et les domaines d’excellence de chacun. Que puis-je créer qui rende ce monde plus beau et plus agréable à vivre ? Que puis-je créer qui me donne du plaisir et de la joie ? Si un nouveau monde est à construire, il aura besoin d’hommes et de femmes capables de sortir des sentiers battus pour développer de nouvelles idées (thinking outside the box). Dans son ouvrage « L’homme aux deux cerveaux« , Daniel Pink avait mis en évidence que les professionnels qui réussiront à l’avenir seront ceux qui pourront à la fois manier leur cerveau gauche (rationnel) et leur cerveau droit (intuitif/créatif).

Développer la flexibilité face aux changements

Dans un monde en pleine mutation, la compétence d’adaptation face aux changements devient essentielle. Etre capable de suivre le fil de la rivière, même si celle-ci change de manière imprévue. Lâcher ce qui ne convient plus et oser entrer dans le nouveau avec courage et confiance.

Se réinventer en permanence

Voici l’extrait d’un article du journal l’Echo du 26 août 2020 : « Comme l’écrit Yuval Noah Harari dans « 21 leçons pour le XXIe siècle », une grande partie de ce que les enfants apprennent aujourd’hui à l’école ne leur sera plus d’aucune utilité sur le marché du travail en 2050. Il est donc nécessaire, afin de conserver toute sa pertinence sur le plan économique, mais surtout social, de continuer à apprendre tout au long de sa vie et de se réinventer en permanence. Il sera plus important de se connaître soi-même et de pouvoir bâtir des relations saines et durables que d’apprendre par exemple à dessiner un relief ou à énumérer les moments clés de l’Empire mésopotamien. 

Diversifier ses sources d’information pour se faire une opinion

Grâce à internet, jamais sur terre il n’y a eu une telle diversité d’informations. Pour se faire sa propre opinion sur les sujets importants, il est essentiel de passer un minimum de temps à s’informer auprès de sources diverses. Une grande partie de la population se forge son opinion auprès d’un ou deux grands medias publics. Cela aboutit à une information partielle qui diminue la capacité de discrimination.

Un enseignement à révolutionner

Les écoles devront s’adapter rapidement à une nouvelle réalité en développant non plus une seule intelligence (avec comme point de référence le « QI« ) mais plusieurs intelligences (intelligences de Gardner). On assiste d’ailleurs à de nombreux décrochages scolaires, non pas parce que les enfants et adolescents ne sont pas intelligents mais parce que la trop grande majorité des écoles font preuve d’une étroitesse d’esprit et de vision. Il y a encore beaucoup à faire et rapidement … Une révolution de l’intérieur, menée par les plus visionnaires, pourrait accélérer le changement.

Les valeurs à développer pour construire un nouveau monde plus harmonieux

Au niveau individuel

Dans la transition et au-delà : l’espérance, le courage, la persévérance, la solidarité, la prise en main de sa propre vie, la flexibilité face au changement. Sortir de sa bulle et rester connecté(e) aux réalités du monde.

Les compétences liées à l’intelligence émotionnelle occuperont une place importante dans un monde de plus en plus technologique. Il existe un processus pédagogique qui vise à développer la relation à soi et aux autres : l’apprentissage socio-émotionnel (ASE). Il couvre cinq domaines : conscience de soi, motivation, empathie, compétences relationnelles et contrôle émotionnel, à savoir la capacité de s’atteler à un objectif sur le long terme. (Journal L’Echo).

Au niveau des organisations

  1. Mettre en priorité le développement des personnes
  2. Défendre ses valeurs et passer de la parole à l’action
  3. Un nouveau contrat manager-salarié (plus de confiance / plus de liberté responsable)
  4. Inclusion du processus démocratique dans les équipes (management horizontal)
  5. Agir en prenant en considération non seulement ses intérêts propres mais aussi les intérêts extérieurs (écologique et humain)
  6. Equilibre du masculin (action) et du féminin (écoute, intuition)
  7. Assurer la juste rétribution des richesses
  8. Gérer efficacement la diversité
  9. La technologie utilisée pour servir l’humain et non pas pour l’asservir …

En conclusion

Ces valeurs ne répondent-elles pas en fait à ce qui est le plus précieux dans l’être humain ? N’est-ce pas ces valeurs qui peuvent nous guider vers ce à quoi nous aspirons tous ? La paix, l’harmonie, la prospérité.

Le mot « spiritualité » est souvent confondu avec « religion ».

Le religieux s’appuie sur l’extérieur (un dogme, une personne). Le spirituel s’appuie sur l’intérieur. Voir à ce sujet cet article du journal le Monde sur le renouveau spirituel.

Et si le spirituel était cette clé qui nous permet d’avancer avec courage, à garder espoir et à nous dépasser ?

Et si la véritable solution à toutes ces crises était en fait en nous et non pas à l’extérieur de nous ?

Une vision platonicienne du confinement

Quand nous regardons les médias et les réseaux sociaux, nous observons des visions très différentes sur le confinement. Choisissons-en deux : l’une microscopique (vision restreinte) l’autre macroscopique (vision élargie).

Dans la vision micro, je suis obligé légalement de ne pas sortir pour des raisons sanitaires. Cela implique de vivre cette situation au niveau mental (avec des moments dépressifs), au niveau émotionnel (peur d’être malade, peur de mourir) et au niveau physique (je dois rester dans mon appartement). Cette situation amène toute une série de conséquences dans ma vie quotidienne. L’être humain s’adapte comme il peut, chacun différemment en fonction de sa personnalité, de son histoire de vie, de sa situation familiale et affective)

Dans la vision macro, je regarde les choses de beaucoup, beaucoup plus haut. La fusée décolle, traverse la stratosphère.  La terre commence à apparaître comme une planète au milieu d’autres planètes et si on s’éloigne encore, cette terre n’est plus qu’un grain de sable dans l’immensité cosmique.

Considérons le confinement (enfermement) à un niveau beaucoup plus vaste en s’arrêtant à la vision globale de la terre.

Considérons la période coronavirus comme une période limitée dans une vaste histoire humaine. On s’aperçoit que l’être humain vit en fait confiné depuis plusieurs milliers d’année. L’être humain est ambigu : à la fois il aspire à la liberté et à la fois il s’est toujours débrouillé pour restreindre cette liberté (le plus souvent par peur de lui-même .). Il y a toujours eu un pouvoir étatique ou un pouvoir religieux pour lui dire ce qui était bon pour lui et ce qui ne l’était pas. Le collectif humain a créé  ces balises ainsi que la carotte et le bâton pour les faire respecter. Les rebelles ont surtout eu droit au bâton mais ils ont goûté à la liberté.  Les suiveurs ont mangé la carotte mais ils ont pris du poids … La balise religieuse a sans aucun doute été celle qui a eu le plus d’impact au niveau collectif. 

L’allégorie de la caverne de Platon offre une très intéressante vision macro. Dans cette image, on voit un homme enfermé dans une caverne. Lorsqu’on lui propose de sortir de la caverne et d’aller à l’air libre, il prend peur et préfère les chaînes à ce monde qui lui est inconnu à l’extérieur. 

Si l’on revient au coronavirus et à la vision macro, l’homme a une chance de découvrir que le confinement lui rappelle en fait son propre enfermement intérieur. Le confinement devient la symbolique d’un enfermement intérieur que l’humain vit depuis des temps immémoriaux. 

Je souris maintenant aux adeptes de la théorie du complot (dont je peux reconnaître parfois une certaine attirance), qui met en garde contre l’implantation d’une puce dans le corps de l’homme (avec une vaccination obligatoire de masse) qui pourrait lui faire perdre son libre arbitre. Avec la vision macro, j’y vois la symbolique d’une réalité beaucoup plus subtile. Cette puce existe déjà … au niveau de notre ADN. Depuis qu’il marche sur terre, l’homme s’est adapté à la vie avec la peur. Sa peur racine étant la peur de la mort, liée soit à la maladie soit à des catastrophes naturelles. Il nous appartient maintenant de dépasser cette peut archaïque en nous pour entrer dans la véritable liberté intérieure. Voilà pour moi, l’enjeu de ce qui se passe actuellement à un niveau beaucoup plus subtil. 

Sortir de la caverne où l’humanité s’est enfermée si longtemps fait peur. Il y a, dehors, un monde inconnu décrit par les contes, les prophètes et les mystiques. Et si, comme humain, nous étions maintenant mures pour oser entrer dans ce monde inconnu auquel aspire en fait tout notre Etre ? Prendre son courage à deux mains (il en faut) pour ôter soi-même ses propres chaines et sortir de la caverne (sans doute la peur au ventre), et découvrir en fait que cette peur, profondément ancrée dans l’inconscient collectif humain, n’était qu’une illusion. Au cours de l’histoire humaine, certains ont réussi à se débarrasser de leurs chaines et à sortir de la caverne. Aujourd’hui, toute l’humanité est invitée à sortir de la caverne. Il est maintenant l’heure de choisir.

Grandir dans la tempête

Une image pour comprendre ce que je vais développer : il fait plein jour et vous êtes dans une salle avec un public. Les fenêtres laissent passer généreusement la lumière du jour. Vous allumez une bougie. Le public va-t-il voir la lumière de cette bougie ? Très faiblement me répondrez-vous. Pourquoi ? Parce que la lumière du jour est forte et rend la lumière de cette bougie peu visible. Fermons maintenant les volets de la pièce. Il fait très sombre. J’allume à nouveau cette bougie. Que vont voir les personnes dans la salle ? Clairement, elles verront la lumière de cette bougie. L’obscurité ambiante permettra pleinement la visibilité de cette lumière.

Transposons maintenant cette image à notre vie habituelle. Imaginons que le monde extérieur est paisible et harmonieux. Il y aura-t-il un quelconque besoin de travailler sur la paix et l’harmonie ? « Non » me répondrez-vous. Pourquoi ? Une réponse évidente : quelle serait la raison d’aller chercher quelque chose que je vis déjà.

Imaginons maintenant un monde extérieur qui n’est ni paisible ni harmonieux. Deux choix se présenteront à vous : soit vous vous identifiez complètement à l’environnement extérieur. Vous voilà dès lors emporter dans la tempête ; soit vous cherchez en vous-même un espace de paix et d’harmonie que vous ne pouvez trouver à l’extérieur. Dans ce deuxième choix, vous construisez une fondation solide. Cette paix et cette harmonie prennent leur source en vous et ne dépendent plus de l’extérieur.

Trouvons maintenant quelques exemples pratiques. Ces exemples sont faciles à trouver avec cette crise du coronavirus et sans doute la crise économique importante qui s’en suivra.

Premier exemple : le confinement m’oblige à la distanciation, à l’isolement. Cela me met en position du « manque de l’autre ». Réponse résiliente : à l’intérieur, je vais travailler la relation avec moi-même en me posant des questions qui sont vraiment importantes pour moi : quel est le sens de mon travail ? Où en suis-je dans mes relations affectives ? Il y a-t-il des choix de vie différents à faire ? …

Deuxième exemple : une incohérence importante existe dans le monde extérieur. Nous pouvez l’observer actuellement avec ce flot d’informations qui nous arrivent et qui disent tout et leur contraire. De même pour les règles à respecter pour le confinement qui sont souvent imprécises et même illogiques. Une autre occasion pour tourner notre regard à l’intérieur et chercher la cohérence en soi et non à l’extérieur de soi. Je vais m’interroger sur ma propre cohérence. Par exemple, mes pensées, mes paroles et mes actions sont-elles cohérentes dans ma relation à l’autre ? Suis-je cohérent lorsque je dis quelque chose et que je fais le contraire ? Suis-je cohérent lorsque je pense « non » et que je dis « oui » ?

Nous voici au coeur de ce qu’on appelle la résilience : au lieu de me placer comme victime par rapport à une situation extérieur, je l’utilise pour me construire de l’intérieur, pour grandir, pour évoluer. J’installe alors, petit à petit, des fondations intérieures sur lesquelles je pourrai m’appuyer dans la tempête extérieure.

Lorsque mes fondations intérieures sont solides, alors je peux vraiment aider ce monde en montrant l’exemple.

Comprendre et gérer les envies de suicide

Un sujet tabou qu’il est important d’aborder durant cette période délicate. La crise de 1929 avait provoqué une avalanche de suicides dû à l’écroulement financier et économique. Certains avaient tout perdu et ils ne pouvaient trouver une autre issue que la mort pour mettre fin à leurs souffrances.

La crise du coronavirus, avec la vague de faillites qui s’annoncent, présente un risque similaire. L’histoire d’une vie s’écroule. Tous les acquis matériels ou les repères affectifs disparaissent. La personne est seule face à elle-même. Elle se demande comment elle peut encore vivre dans un monde sans avenir pour elle.

Tout être humain traverse, à un moment ou un autre de sa vie, des envies de mort. Par contre, il y a une différence entre « avoir envie de mourir » et « passer à l’acte ».

Se donner la mort ne met pas fin au problème. Pour les lecteurs ayant quelques notions spirituelles, l’excellent livre d’Anne Givaudan « La rupture du contrat – Message des suicidés au monde des vivants » devrait en décourager plus d’un à passer à l’acte.

L’envie de mort est une « crise initiatique » où la personne brûle le masque pour reconnecter à son être véritable. C’est le faux qui est en train de mourir : les croyances sur nous-mêmes, tout ce à quoi nous nous sommes identifiés dans notre vie, le projet parental pour notre vie, le regard des autres, … Anéantir le véhicule physique, c’est manquer la véritable cible et provoquer des dégâts considérables sur son entourage (surtout pour les enfants, même si ceux-ci sont adultes).

Si cette crise initiatique est menée à son terme (et elle le sera si l’on est patient), la personne renaîtra avec un nouveau moi, beaucoup plus vrai, beaucoup plus lumineux, beaucoup plus aimant. Il faut beaucoup de courage pour traverser ce tunnel. Avec courage et foi, la personne découvrira bientôt que le masque est tombé et que c’est ce masque qui justement faisait obstacle à la véritable vie. Lire à ce propos la très belle histoire du chevalier à l’armure rouillée.

Carl Gustav Jung, un disciple de Freud, parlait de « nuit noire de l’âme ». Voici un témoignage à ce sujet. Voici aussi un article très bien fait sur son processus. Eckart Tollé, qui a écrit le best seller « Pouvoir du moment présent » (« power of now » en anglais) était suicidaire. Son expérience initiatique lui a permis de naître à un nouveau « moi » beaucoup plus conforme à qui il était vraiment.

Dans cette période de transition, il est essentiel de demander de l’aide à un thérapeute ou un coach. Ou alors faire partie d’un groupe soutenant (un groupe de parole par exemple). Cette demande d’aide n’est pas un acte de faiblesse mais au contraire un acte de courage où la personne décide de prendre la responsabilité de sa propre transformation.

La crise du coronavirus et son effet domino va provoquer un chaos qui amènera un grand nombre de personnes à l’aube de cette « crise initiatique ». Le choix sera le suivant : est-ce que j’accepte ce chaos pour renaître ou est-ce que je le rejette dans un acte de désespoir sans issue, acte plongeant dans la dépression mes proches qui eux font le choix de rester.

Si vous lisez par hasard cet article et que vous vous sentez concerné, je ne doute pas que l’espoir subsiste et que vous traverserez l’épreuve avec succès.

A l’image de la chrysalide qui devient papillon.

Se préparer à l’après coronavirus

Pour ceux qui en douteraient encore, il est clair que nous avons basculé dans un tout autre paysage. Il y aura un avant et un après le coronavirus. Beaucoup d’experts sont d’accord sur ce point. Nous vivons l’évènement le plus important depuis la 2ème guerre mondiale. Beaucoup d’entre nous ont fait des projets sur base d’un modèle qui est en train de s’effondrer. A titre exemple, voici les secteurs économiques qui sont en train de s’écrouler sous les dettes (en rouge).

On observe que l’alimentaire et la santé sont en croissance de 100% (en blanc). Se nourrir (comme veiller à la santé du corps) est un besoin de base, comme le décrit Maslow dans sa pyramide des besoins.

Pyramide de Maslow – Après Coronavirus

Ceci signifie qu’en période de crise, nous en revenons aux besoins fondamentaux. Nous pouvons en conclure que dans la période qui vient, ce sont ces besoins là qui seront mis au centre et pour lesquels nous devrons être vigilants.

Il y a aussi une prise de conscience à faire par rapport à sa vision du monde. Beaucoup ont vécu dans leur petite bulle confortable, leur confort matériel leur permettant d’être distant par rapport aux drames du monde. Cette vision est dépassée dans la mesure où chacun est maintenant directement impacté par les conséquences de la crise sanitaire. Il suffit de prendre pour exemple les voyages touristiques qui ne sont actuellement plus possibles. Et lorsque la réalité de la crise économique apparaîtra au grand jour, nous ne pourrons plus nier la réalité. Ceci pourrait être un choc pour beaucoup : nous ne serons plus dans une téléréalité mais dans LA réalité.

Il est important d’être conscient du carrefour planétaire où nous sommes actuellement. Bien avant le coronavirus, les indicateurs étaient au rouge au niveau économique, financier, climatique, sociétal, … (voir par exemple l’avis économique de Charles Gave bien avant la crise). Il y avait aussi une forte progression de la technologie qui permettait à des experts comme Jeremy Rifkin de parler de « la fin du travail« . Le coronavirus, avec l’électrochoc qu’il provoque, va mettre en lumière tous ces défis que nous refusions jusqu’ici de mettre clairement sur la table. Il est étonnant de voir ces milliers de milliards d’euros qui sont débloqués pour gérer la crise alors qu’il ne pouvaient être trouvés précédemment pour motif d' »endettement ».

Alors, fondamentalement, qu’est-ce qui va changer dans nos vies ? A mon sens, l’élément le plus important à prendre en considération est que nous quittons un monde basé sur le paternalisme. En cas de problème, nous nous tournions vers « Papa Etat » pour le chômage, pour les congés maladie, pour renflouer les banques, … Suite à la crise, et je suis ici dans un avis validé par des experts, les états seront incapables d’assurer comme auparavant. Il s’agit donc de compter sur soi-même d’abord et d’assurer sa propre résiliance. Durant des années, j’ai animé l’atelier « Oser créer son emploi » car j’avais la certitude que l’emploi indépendant serait un jour beaucoup plus important que l’emploi salarié. Maintenant, il est temps de reprendre véritablement son destin en main et de croire en son potentiel.

Concrètement que peut-on faire ?

Au niveau financier d’abord (pour nos besoins de base)

L’argent et l’émotionnel font mauvais ménage. Il faut d’abord sortir de l’émotionnel et analyser très concrètement sa situation financière (entrées-sorties)

  • S’interroger sur le nombre de jours/mois/années que je (ma famille) peux vivre sans rentrées financières
  • Identifier les dépenses essentielles (nourriture et toit) des dépenses accessoires
  • Déterminer les différentes options possibles

Au niveau de sa santé physique

Le corps est notre première maison. S’ils ne fonctionnent plus ou pas bien, comment pouvons-nous encore agir efficacement ? Il s’agit donc de prendre soin de son véhicule physique. Je m’étonne souvent que des personnes soignent mieux leur voiture que leur propre corps …

Au niveau de sa santé émotionnelle

Les émotions sont naturelles et doivent s’exprimer d’une manière ou d’une autre sans nuire à personne : par exemple sport, TRE, bioénergie, taper sur un coussin, couper du bois, … Une fois exprimées de cette manière, il est alors possible de dialoguer avec l’autre. Ceci fait partie de ce qu’on appelle l’intelligence émotionnelle. Les psychologues mettent aussi en garde sur les risques psycho-sociaux post-confinement. Voici un article paru dans le journal Le Soir à ce sujet.

Au niveau de sa santé mentale

Regarder continuellement des émissions anxiogènes nous plonge dans le désarroi et finit par nous emprisonner dans un espace de peur. Préférer des émissions relaxantes ou s’endormir en écouter des playlists de musique 432 HZ.

Un dernier mot sur le spirituel

Sujet souvent tabou. Nous évitons de parler de Dieu, de divin, de sacré … Je me rappelle cette formation où j’avais écrit le mot « Dieu » avec une majuscule sur un flip chart. Une participante m’avait interpellé en me demandant d’écrire « dieu » et non pas « Dieu »… au nom de la laïcité. Dans une société matérialiste, nous ne croyons que ce que nous voyons. Et si le matériel vacille, à quoi pouvons-nous encore nous rattacher sinon à nos fondations intérieures ?

Le spirituel n’est pas le religieux. La base du spirituel est la recherche de sa réalité profonde, ce qui va plus loin que son seul corps physique. La base du religieux est la règle et le dogme. Une crise (intérieure ou extérieure) peut être une opportunité pour démarrer un chemin de développement personnel qui nous conduit, étape par étape, au coeur de notre Etre. Cela implique de traverser, mettre en lumière, toutes les illusions crées par notre éducation, notre formatage culturel, nos traumatismes, … En bref, dépasser le JE pour découvrir le SOI qui est notre réalité éternelle. C’est ce qu’expriment si bien les contes et les mythes qui véhiculent des vérités qui traversent les âges en attendant que notre mental limité puisse les intégrer.

Dans cette période particulière de l’histoire de l’humanité, nous sommes invités à relier la matière (l’énergie) à la conscience (le sacré). L’alliance de ces deux parties en nous (terre et ciel) feront naître cet Homme nouveau et cette Femme nouvelle qui amèneront la paix et l’harmonie sur terre. Utopie ? Je répondrai à la question par cette histoire du colibri de Pierre Rabhi.

Je vous partage trois mots en conclusion : courage, espoir et solidarité.

Coronavirus : Maintenant … et après …

Nous vivons actuellement l’évènement le plus important depuis la deuxième guerre mondiale. Aux dernières nouvelles, plus de trois milliards de personnes sont confinées dans le monde.

Concernant la nature du virus et la stratégie la plus efficace pour stopper l’épidémie, voici le meilleur article scientifique que j’ai lu sur la question.

Quant au coût psychologique de la situation, il devient de plus en plus haut.

Un grand nombre de personnes confinées passent leur temps à écouter les informations anxiogènes diffusées sans arrêt par les medias. Dans les homes, beaucoup de personnes âgées sont seules. Pensons aussi à ces jeunes confinés qui tournent en rond comme des lions en cage.

Quant au retour au travail après le confinement, sera-t-il perçu comme un retour de vacances ? Voici un article écrit par un collègue à ce sujet.

Par rapport à la finance et l’économie mondiale : nous vivons un crash mondial en direct. Celui-ci passe en deuxième plan pour l’instant vu la focalisation médiatique sur le virus. En attendant, de très nombreuses entreprises sont menacées de faillite et un nombre très important de personnes sont en chômage technique. Les chaines de distribution basées sur la mondialisation se fissurent. A l’heure de la globalisation, la fabrication d’une voiture nécessite des composants d’au moins 30 pays différents.

Il est une chose dont nous pouvons être certain : rien ne sera plus comme avant. Je vous invite à visionner cette vidéo très courte du premier ministre français. Tout est dit.

Nous vivons un changement de paradigme. Si nous voulons être honnête, nous devons admettre que le paradigme que nous quittons ne tenait plus la route. De nombreux signaux socio-économiques et environnementaux nous indiquaient que la machine globale était « grippée » / « coronavirée ». Ce virus a été le cygne noir, le battement d’aile du papillon provoquant l’écroulement d’un édifice en délabrement avancé.

Actuellement, nous sommes dans l’entre deux : nous savons ce que nous quittons mais nous ignorons où nous allons. Selon mon analyse, une grande partie de la peur viendra de notre incertitude sur l’avenir. Nos croyances, nos certitudes, nos dogmes à bien des niveaux (travail, couple, famille, …) devront être remis en question et ce n’est pas une mince affaire, tant ceux-ci ont façonné nos quotidiens.

Il nous appartient d’imaginer dès à présent le nouveau monde que nous souhaitons construire. Il nous appartient de redéfinir en profondeur notre relation à la nature. Il est temps de nous réveiller et d’oser exprimer sans plus aucune retenue nos idées, nos talents, notre plein potentiel. Dans « l’ancien monde », beaucoup se sont cachés dans l’ombre par peur du rejet. Dans ce « vide créateur », maintenant, il est de notre responsabilité de sortir de l’ombre et d’exprimer nos idées. Le mot d’ordre : Oser. A défaut, d’autres sortiront leur propre agenda, avec des propositions plus égoïstes qu’altruistes.

En physique quantique, on parle de champs de potentialités. Nous serons bientôt amenés à choisir la meilleure potentialité pour construire un monde nouveau. Les anciennes méthodes ne fonctionnent plus. Il nous faut du neuf.

Il est dès lors temps de se reconnaître co-créateur de ce monde en devenir. Une création collective qui commence d’abord par une question à soi-même : quel est le monde que je veux pour moi et mes enfants et suis-je prêt à le vivre MAINTENANT ? L’engagement, notre engagement à construire ce nouveau monde est certainement la décision personnelle la plus importante dans les mois à venir.

Il nous appartient de sortir de l’esclavage dans lequel nous étions confiné (oui, même avant le confinement virus) et de nous reconnaître libre de choisir le monde que nous souhaitons. Nous quittons un monde paternaliste (j’attends qu’un autre fasse pour moi) pour un monde fondé sur la conscience responsable et créatrice. L’adolescence est terminée. Nous devons maintenant sortir du nid et compter d’abord sur nos propres forces. Cela signifiera faire preuve d’autonomie, de débrouillardise et de courage. Au final, cette épreuve dans la transition nous rendra beaucoup plus fort. Un animal sauvage est plus fort qu’un animal domestique car il sait trouver par lui-même sa nourriture et reste confiant du lendemain sans savoir ce qu’il adviendra.

Dans mon parcours psycho-spirituel, je me suis préparé à ce changement depuis longtemps déjà. Je compte bien participer concrètement à la construction de ce nouveau monde que je veux plus solidaire, plus équitable et plus respectueux de Mère nature.